L'AFFAIRE ABDALLAH
Avant-première exceptionnelle le jeudi 26 mars à 20h30 suivie d’une rencontre avec l’avocat de Georges Ibrahim Abdallah, maître Jean-Louis Chalanset autour notamment de la justice d’exception.

Écrit et réalisé par Pierre CARLES
Documentaire France 2026 1h41mn
41 ans à croupir derrière les barreaux… Une éternité – pour ne pas dire perpète, cette peine de mort lente, silencieuse, sans effusion de sang, qui ne révulse donc pas les braves gens. 41 ans : record de France battu pour un prisonnier politique depuis au moins un demi-siècle. On connaît le « happy end » (tout relatif) de l’affaire et du film : au bout de 41 ans d’emprisonnement, dont plus de 25 ans passés en cellule alors qu’il était très officiellement « libérable » (depuis 1999 !), Georges Ibrahim Abdallah est sorti sur ses deux pieds de la prison de Lannemezan le 25 juillet 2025 – et a aussitôt été expulsé vers le Liban, condition sine qua non à son élargissement. Maintenu le plus longtemps possible, contre vents et marées, contre le droit et contre toute raison, dans son cul-de-basse-fosse par l’État français, Georges Ibrahim Abdallah est devenu une sorte d’icône des luttes contre la colonisation de la Palestine, contre la barbarie, pour les droits des Peuples. Le film formidable de Pierre Carles, particulièrement documenté, précis, entreprend de raconter « l’Affaire » Abdallah – ou plutôt LES affaires Abdallah.
On en dénombre au moins trois, particulièrement retorses. D’abord celle qui, en 1982, vaut à ce résistant libanais, en lutte contre l’occupation de son pays par l’armée d’Israël, son interpellation et son premier procès : l‘exécution à Paris, par un commando des Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises, d’un militaire de l’ambassade des États-Unis, ainsi que d’un fonctionnaire israélien membre du Mossad (les services secrets israéliens). Exécution à laquelle Abdallah a toujours nié avoir participé (aucune preuve de sa culpabilité n’a pu être apportée) mais qu’il a tout aussi systématiquement toujours refusé de condamner. Puis il y a les attentats parisiens de 1986, en réalité commis par des combattants chiites du Hezbollah et commandités par l’Iran (spolié par la France), que le gouvernement Chirac-Pasqua d’alors, suivi avec une émouvante unanimité par la presse hexagonale, attribue au petit bonheur la chance pour calmer l’opinion publique au « clan Abdallah » – mettant ainsi un deuxième tour de verrou à la cellule du communiste libanais. Les épisodes violents de l’occupation israélienne en Cisjordanie et à Gaza, la politique d’apartheid de l’État hébreu, les pressions des gouvernements américains successifs, la soumission des gouvernants français de tous bords sont le troisième tour de verrou, la cerise sur le gâteau carcéral qui aurait dû voir mourir le militant anti-impérialiste fidèle à ses engagements de jeunesse, abandonné dans « les oubliettes de la République » (titre initial du film). En s’appuyant sur les commentaires d’un grand nombre de protagonistes, flics, journalistes, avocats, politiques, dont la plupart battent leur coulpe (à l’exception notable d’Edwy Plenel et de Laurent Fabius), le film documente un pan d’histoire méconnu et interroge le fonctionnement – effrayant – d’une « justice d’exception », selon les mots de l’avocat Jacques Gandini, membre de la Ligue des Droits de l’Homme.