TOUTE NUE

Ex Voto à la lune - Emilie Anna Maillet

Maxime Lethelier

Comment décrypter aujourd’hui les symptômes de domination si génialement mis en jeu par Feydeau puis par Norén ? Qu’est ce qui, après 3 vagues de féminisme, perdure dans les relations de couple et les rapports de pouvoir ? Car si, aujourd'hui, l’égalité des sexes est inscrite dans la loi, force est de constater que la répartition des rôles et des tâches demeure fortement clivée. Et plus les enjeux de pouvoirs sont forts, plus l’absence des femmes dans l’espace public est criante.

Ventroux vient d’être élu député et pourrait bien être nommé ministre d’ici peu. Son épouse Clarisse rentre tout juste d’un mariage où elle s’est rendue pour le représenter. L’image du couple est fondamentale en politique. L’intime y est utilisé comme une publicité. Ce jour-là, il fait chaud et Clarisse se met à l’aise. Mais où qu’elle se tienne, il se trouve quelqu’un, homme politique ou journaliste. Elle devient dès lors un danger pour la carrière de son époux.

Feydeau + Norén : aucun ajout ni improvisation. Les textes sont mixés, croisés, répétés. Les principes du vaudeville sont amplifiés par l’espace et la vidéo en direct : rythmique, courses poursuites, entrées imprévisibles, déplacements hors-champ, burlesque des situations. Les dialogues sont des motifs textuels et musicaux auxquels les personnages tentent en vain de se soustraire, pris en étau entre une vision schizophrénique de la femme et les injonctions de réussite faites aux hommes.Se promener toute nue devient dès lors un acte de résistance.

De là à penser que Feydeau a écrit un rôle féministe sans le savoir…


TOUTE NUE est le volet spectacle en salle du projet transmédia Norén / Feydeau imaginé par Emilie Anna Maillet. Il s’articule avec l’installation vidéo EXTIM et a pour objectif de rendre sensible la façon dont les enjeux de réussite et de reconnaissance, la guerre des sexes, le combat pour obtenir ou conserver sa place, le carcan social et ses jeux de masques ont pénétré les moindres recoins de notre société de l’image, devenue à proprement parler société du spectacle.