Façonner les rivières, dompter la nature : pour une archéologie des canaux de navigation en France métropolitaine (IIe s. av. J-C.-XVIe s. apr. J.-C.)
PETER Pauline - Archéologue attachée de conservation du Patrimoine, Ville de Laval, Membre associée au CReAAH-LARA, UMR 6566
Véritables prouesses techniques et d’ingénierie, les canaux de navigation ont longtemps souffert d’un manque d’intérêt de la part de la communauté archéologique. Pourtant, ces rivières remodelées, partiellement détournées ou créées de toutes pièces existaient bien avant la diffusion de l’écluse à sas en Europe à la fin du Moyen Âge et font depuis longtemps partie intégrante des systèmes de navigation intérieure ainsi que du fonctionnement des complexes portuaires fluviaux et maritimes. Ces canaux antiques et médiévaux, qui ont fait l’objet d’une thèse de doctorat soutenue en 2021, sont abordés au prisme des découvertes archéologiques réalisées sur le territoire national tant en milieu urbain que rural et portuaire dans le but de mieux comprendre leurs caractéristiques morphologiques et architecturales ainsi que le rôle essentiel qu’ils ont occupé dans la transformation et la gestion des milieux humides, sans oublier leur fonction première : la facilitation du transport des biens et des personnes par bateau.
Un bateau pour le Port aux Tuiles : Le transport fluvial des terres cuites architecturales dans l’espace français, XIIIe-XIXe siècles
LACHEZE Cyril, Maître de conférences en Histoire des techniques, Université de Technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM)
La production de terres cuites architecturales constitue un cas d’étude intéressant concernant le transport de pondéreux par voie fluviale dans une large époque moderne. Il s’agissait en effet d’une production largement répartie sur le territoire, fonction de la disponibilité des matières premières et du combustible, mais dont les principaux centres de consommation étaient les aires urbaines. Les transports fluviaux constituaient un lien crucial entre ces deux emplacements, pour transporter les produits finis ou, plus rarement, la matière première. Nous nous proposons de décomposer ce système technique pour e cas français, entre les premières sources textuelles au XIIIe siècle, jusqu’à l’apparition du chemin de fer. Outre les aspects matériels du transport, le corpus disponible permet galement d’en aborder l’organisation administrative, en particulier pour le cas parisien, ainsi que certaines implications géo-historiques.
Les transports fluviaux sont-ils compatibles avec les autres usages du fleuve ? Le cas de la Seine à Troyes, Paris et Rouen (XVII-XXIe siècles)
LESTEL Laurence - Directrice de recherches au CNRS
La Seine est le siège de multiples activités dont la dominante, la navigation, a généré de nombreux aménagements, principalement à partir de la mi-XIXe siècle. Ceux-ci ont transformé le fleuve : le lit de la Seine a été creusé pour augmenter le tirant d'eau, son cours régulé par des barrages et écluses sur plus de 400 km et par les lacs réservoirs de la Foret d'Orient qui en contròlent le débit (soutien d'étiage ou contròle des inondations). L'étude de ces aménagements à Troyes, Paris et dans l'estuaire montre une diversité de perception de ce fleuve dans le temps et dans l'espace. A Troyes, la ville a bataillé pour développer ses propres activités, au détriment des usages de la Seine au service de Paris. Dans l'estuaire, les réactions ont été contrastées, entre le développement d'un trafic maritime international et des réponses locales d'aménagements plus diversifiées de ses plaines alluviales.
Le développement des ports fluviaux au service des grands chantiers royaux à l’époque moderne : l'exemple des ports du Pecq et de Marly
AKANE Hori - Doctorante en archéologie médiévale et moderne / Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (UMR 7041, ArScAn, équipe GAMMA)
Certains ports fluviaux de l’ouest de Paris se sont développés à l’époque moderne spécifiquement pour réceptionner des marchandises en grande quantité. Il s'agit des ports du Pecq et de Marly. Ces deux ports recevaient toutes sortes de pondéreux : de la pierre, du bois, du plâtre et de la terre cuite. Le port du Pecq servait de point de déchargement pour les matériaux destinés à plusieurs châteaux de la région, comme ceux de Saint-Germain-en-Laye et de Noisy. Il était équipé d'un quai, d'un bac et d'un pont en bois, et s'est développé en un village portuaire. Le port de Marly, grâce à sa position géographique idéale et à ses différents aménagements (écuries et routes directes reliant le port aux chantiers), est devenu un centre de transit clé pour les matériaux destinés à Versailles et Marly. Ces deux ports ont permis d'optimiser les itinéraires et de réduire les coûts de transport, facilitant ainsi l’approvisionnement en matériaux des grands chantiers royaux.