Le Zoom du Mardi 6 octobre à la Médiathèque de Blagnac

"Le temps des communs" avec Bernard Brunet Les communs peuvent se voir comme un grand mouvement social opposé aux évolutions du capitalisme contemporain.

Résumé Avez vous déjà entendu parler de la notion de “biens communs” ? Peut-être évoque t-elle d’abord pour vous les ressources naturelles comme la planète, l’eau, l’air que nous respirons, les forêts tropicales, la biodiversité… Pourtant, les travaux d’Elinor Oström, première femme à avoir obtenu le prix Nobel d’économie en 2009, ont démontré que les “communs” c’est à dire l’activité des communautés qui s’organisent et se régulent pour protéger et faire fructifier des ressources matérielles ou immatérielles, en marge des régimes de propriété publique ou privée, pouvaient constituer une alternative crédible et durable aux dysfonctionnements actuels de nos économies et de nos démocraties. Après une courte introduction, Bernard Brunet proposera de découvrir et d’approfondir la question des communs à partir d’exemples concrets et sous la forme de questions/réponses avec les participants.

Développement Les communs désignent l’activité des communautés qui s’organisent et se régulent pour protéger et faire fructifier des ressources matérielles ou immatérielles, en marge des régimes de propriété publique ou privée. Zones urbaines transformées en jardins partagés par les habitants, savoirs versés dans l’encyclopédie Wikipedia par des millions d’internautes, cartographie OpenStreetMap nourries par les utilisateurs, savoirs traditionnels, logiciels libres, science ouverte, publications en libre accès, pédibus scolaires, système d’irrigation agricole partagé, semences libres, contenus éducatifs ouverts, échanges de savoirs, justice participative... Les initiatives fleurissent qui inventent des manières créatives et solidaires de générer, gérer et partager des ressources et les communs apparaissent comme source d’alternatives. De nombreux éléments de la vie courante, matériels et immatériels peuvent faire l’objet de logiques de partage et définissent un espace qui échappe aux logiques de la propriété, qu’elle soit publique ou privée. Ces ressources partagées sont organisées et régulées par les communautés d’acteurs, petites ou grandes, locales ou non. Ces acteurs créent, maintiennent et/ou développent les communs dans lesquels ils s’investissent (logiciels libres, cartographie partagée, jardins urbains coopératifs...). Pour pallier à l’absence d’une gouvernance mondiale protectrice, les communs universels (eau, air, océans, spectre électromagnétique…) sont l’objet d’une défense par les citoyens contre les formes nouvelles d’enclosures. Le mode de gouvernance des communs a été très présent dans les pays occidentaux entre le 12ème et 18ème siècle pour la gestion des ressources naturelles et on en voit encore les réminiscences dans différents pays (ex : affouages en France). Il est encore très présent dans la gestion de terres agricoles et de systèmes d’irrigation de nombreux pays du Sud. Il fait un retour dans la pensée et dans l’action, à la faveur de deux grands facteurs : la complexité accrue des situations auxquelles nos sociétés sont confrontées et les crises systémiques à répétition qui en résultent d'une part, et l'irruption d'alternatives portées par de nouvelles communautés comme celle du numérique d’autre part. Les transitions auxquelles nous sommes confrontés nous invitent en effet à inventer d’autres approches que le système bipolaire État/marché. De nouvelles alliances sont à construire dans lesquelles les communs permettent de renouveler l’imaginaire politique pour adapter l’action publique aux enjeux du 21ème siècle. Les communs privilégient la valeur d’usage des ressources (l’intérêt pour les individus et les collectivités) plutôt que leur valeur d’échange (leur monétisation). Cette approche permet de penser le développement territorial, l’organisation urbaine, la relation entre producteurs et consommateurs…, contribuant ainsi à renouveler la façon dont le développement durable est aujourd’hui envisagé. L’irruption massive du numérique dans la plupart des champs de l’activité humaine crée des situations inédites. Les réseaux facilitent l’émergence de larges communautés distribuées, susceptibles de se mobiliser pour créer et partager les savoirs (code logiciel, Oeuvres de l’esprit, cartes coopératives, encyclopédies ouvertes, sciences participatives…). Ces communs de la connaissance sont autant de gisements d’initiatives, de créativité et de mobilisation des individus dans un but collectif. Communs naturels et communs de la connaissance tissent ensemble des perspectives inédites pour un renouvellement de nos modes de gouvernance et de développement.

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