Conférence, par Antonin Servière La Corse et ses racines latines : langue, musique, archéologie du sonore

Conférence, par Antonin Servière, professeur au Conservatoire de Corse

CdC/Musée d'Aleria

Conférence, par Antonin Servière, professeur au Conservatoire de Corse
La Corse et ses racines latines : langue, musique, archéologie du sonore
On ne saurait considérer le patrimoine culturel de la Corse hors du contexte méditerranéen et de son histoire, en particulier linguistique et musical. Dans le cadre du bilinguisme antique à l’intérieur même des provinces de l’ancien empire romain, la langue corse laisse ainsi présager des traces d’un latin parlé, miraculeusement sauvegardé par l’insularité et la tradition séculaire. Pour ce qui est de la musique, l’organisation de la polyphonie corse n’est évidemment pas sans rappeler non plus le chant byzantin, ou les premières formes de polyphonies de l’antiquité tardive, sous le concept de symphonia telle qu’on le trouve chez Martianus Capella ou, plus généralement, de celui de consonance telle qu’il est véhiculé par la tradition pythagoricienne. On découvre alors que l’ornementation, les fluctuations de hauteurs et de justesse d’intonation à l’œuvre dans le cantu in paghjella sont les mêmes que celles inhérentes au jeu de l’aulos (ou tibia romaine), l’instrument emblématique de tout le monde antique.

A propos du lieu

Fort de Matra, 20270 Aléria
  • Musée, salle d'exposition
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  • Site archéologique
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  • Monument historique

MUSEE D’ALERIA. ALALIA : 8000 ANS D’HISTOIRE Le plateau tabulaire situé au cœur de la plaine orientale de la Corse, non loin de la mer, et dominant par un à-pic le fleuve Tavignano, est habité par l'homme depuis le Néolithique ancien. Vers 565 avant J-C, les Phocéens, qui sont des Grecs installés dans le golfe de Smyrne, fondent un comptoir à Alalia qui deviendra leur métropole et font ainsi entrer la Corse dans l'histoire. Trente ans plus tard, après une bataille navale les opposant à une coalition étrusco-punique, une grande partie des Phocéens quittent l’île : certains se réfugient à Massalia (Marseille) qui est une autre de leurs colonies, d'autres vont en fonder une nouvelle, Elée, au sud du golfe de Naples. Successivement, étrusques, carthaginois et romains vont s'intéresser à la Corse. En 259 avant J.-C., Cornelius Scipion, au début des guerres entre Rome et Carthage, s'empare d'Alalia qui deviendra Aléria. Pendant 7 siècles, la Corse va subir la domination romaine qui la marquera profondément. Aléria va devenir la capitale de la province de Corse, mais l'île connaîtra deux siècles de révoltes. Au début du Ier siècle avant J.-C., Sylla va refonder la colonie. César et Auguste développeront ensuite la ville qui connaîtra une certaine prospérité, d'abord sous la République, puis sous l'Empire. Les objets et vestiges découverts lors des fouilles du site d'Aléria, sont exposés au Musée départemental Jérôme Carcopino, dédié au grand savant d'origine corse, spécialiste de la Rome antique, et qui avait favorisé les travaux archéologiques sur le site. Le Musée est installé dans le fort de Matra, construit par les Génois à partir du XIVème siècle après leur victoire sur Pise, pour abriter une petite garnison de cavaliers qui surveillaient le littoral, la plaine, les étangs et le passage vers Corte et l'intérieur de l'île. Le fort va connaître diverses vicissitudes au cours de son histoire. Il sera modifié, agrandi et surélevé. Son état actuel date de 1572. Lors de la révolte corse de 1729, servant de dépôt d'armes aux Génois le fort sera pris d'assaut et pillé par les insulaires. Le 12 mars 1736, le premier et unique roi de Corse, Théodore de Neuhoff débarquant sur la plage d'Aléria y fut accueilli solennellement. Enfin il joua encore un rôle lors de la lutte des Matra contre le gouvernement de Pascal Paoli. Le bâtiment est utilisé par l'armée à la fin du XVIII ème siècle, puis par la douane, comme a pu le constater Prosper Mérimée, inspecteur des monuments historiques, lors de sa visite en 1839. A la fin du siècle dernier le fort est ensuite vendu à une famille de la région, et il sert d'habitation, ce qui va provoquer de nombreuses modifications par rapport à son aspect d'origine. Heureusement, le fort est classé Monument Historique depuis 1962. Il sera utilisé comme dépôt de fouilles à partir de 1963, puis transformé en Musée Départemental d'archéologie en 1978, avant de devenir un an plus tard propriété du Conseil Général de la Haute-Corse qui entreprendra de nombreux travaux de restauration afin de conserver le monument et de l'aménager dans sa totalité en véritable musée archéologique. Le Musée, actuellement en cours de réhabilitation, comporte pour l’heure plusieurs salles situées au premier étage du fort qui relatent plus de dix siècles de l'histoire d'Aléria et de la Corse, du V ème siècle avant J-C, jusqu'au V ème siècle de notre ère. Les pièces exposées présentent du point de vue archéologique, un très grand intérêt, non seulement pour la connaissance de la Corse antique, mais aussi des civilisations anciennes du bassin méditerranéen. Photo Clio20 CC-BY-SA-3.0,2.5,2.0,1.0

Musée d'archéologie d'Aléria