Dimension symbolique et spirituelle de l’eau ou des eaux - Partie 1/2 Salle 3.01 - Centre des colloques, Place du Front Populaire, 93300 Aubervilliers
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Le mythe de la Fontaine de Jouvence
HALAY Thierry - Cofondateur et Président d’honneur de l’Association d’Histoire et d’Archéologie du Vingtième arrondissement de Paris
Issu de l’Antiquité, le mythe de la fontaine de Jouvence va acquérir ses lettres de noblesse à travers la littérature médiévale. Parce que l’eau pure était rare, les fontaines seront réputées avoir des pouvoirs régénérants. Pour peu qu’elles soient situées dans des lieux symboliques, on leur attribua rapidement des vertus thérapeutiques. L’eau jaillissante de certaines sources apporterait longue vie à ceux qui la boive. Certaines d’entre elles deviennent des lieux de pèlerinage à partir du Moyen Age. Bien des fontaines de France et d’Europe proposeront ainsi leurs bienfaits qui, bien qu’exagérés, ne sont pas toujours fictifs car ils sont tout simplement dus à des sources d’eau fraîche, pure et disposant d’excellentes minéralisations. Bien avant le développement du thermalisme, l’utilisation et la valorisation des fontaines permettaient déjà de dispenser l’eau, source de vie.
Quelques rituels de l’eau dans l’Égypte gréco-romaine
CARREZ-MARATRAY Jean-Yves - Section « Sciences de l’Antiquité » du CTHS
Dans l’Egypte antique la crue du Nil, de mi-juillet à mi-octobre, scandait la vie de la population. A l’époque romaine une image célèbre en est la statue couchée du dieu Nilus en vieillard barbu entouré de 16 puppi symbolisant le nombre des coudées d’une crue idéale. Telle n’était pourtant pas la conception égyptienne de la crue, les habitants de la vallée et du Delta ne vénérant pas le fleuve en tant que tel mais sa puissance fécondante appelée Hapy, l’inondation. Deux aménagements principaux en assuraient l’efficience, le « nilomètre » et la « saquieh ». C’est pourquoi on en trouve fréquemment dans les sanctuaires et lieux consacrés, même très loin de l’Egypte comme à Pompéi par exemple. La ville de Péluse, à l’angle nord-est du Delta a récemment fait l’objet de découvertes archéologiques majeures qui seront présentées et qui montrent, sous Auguste puis sous Hadrien, l’importance majeure des rituels liés aux héros morts noyés, comme Pélousios et Antinoos, ainsi qu’aux cycles de la nature.
Un paysage religieux organisé autour des sources d’eau à Baalbek entre le 1er et le IVeme siècle.
HADDAD HINDI Graziella - Doctorante, Université libanaise EDLSHS, Université Toulouse Jean Jaurès UT2J-TESC
Les sources pérennes et abondantes qui alimentent la ville moderne de Baalbek aujourd’hui, étaient au cœur de la vie religieuse de la cité de Baalbek-Héliopolis à la période romaine. L’eau qui en jaillit est certes source de vie, mais elle peut apporter les destructions si elle n’est pas domestiquée. La maîtrise de l’eau devient ainsi une préoccupation majeure des habitants de cette région caractérisée par un climat aride, et entraîne la transformation des espaces. Des aménagements sont ainsi mis en place dans les sources pour les rendre accessibles, mais aussi pour y instaurer des cultes afin de les honorer et les protéger. La source sacralisée par les habitants, devient une frontière entre l’humain et le divin où on invoque la divinité tutélaire pour en garantir la pérennité. Associer les deux dimensions fonctionnelle et spirituelle des sources d’eau devient un mode de vie dans les sociétés du Levant durant l’Antiquité.
Eau et feng shui : dimensions technique et symbolique à Hongcun (Chine)
LIANGYU Li - Doctorante en 2e année, ENSA Paris-Belleville – IPRAUS, sous la direction de Cristiana Mazzoni
Le feng shui, littéralement « vent et eau » (Guo, 276-324 apr. J.-C.), est une doctrine chinoise visant à harmoniser l’habitat avec son environnement. Ses principes hydrauliques associent technique et symbolique : « l’eau courbe est bénéfique, l’eau droite est néfaste ». Le seuil d’eau illustre cette logique : entrée large, sortie étroite, encadrées de reliefs retenant l’énergie. Hongcun, inscrit à l’UNESCO (Wu & Yu, 2006), en constitue un exemple : au XVIe siècle, des canaux et bassins y furent aménagés pour l’alimentation, l’irrigation et la protection. Le site incarne la symbolique des « quatre animaux célestes » : montagnes dragon à gauche, tigre à droite, tortue à l’arrière, phénix de la rivière à l’avant. Cette étude mobilise des outils cartographiques et géobiologiques (SIG, antenne de Lecher, baguette de sourcier ; Babonneau, 1996) pour analyser cette dualité technique, interroge la pertinence de tels modèles dans une gestion durable de l’eau face aux défis climatiques.
Poséidon en Islande : aux origines d’un dieu de la mer
BOUDIER Olivier - Doctorant au Centre Jean Mabillon
Les Indo-européens comptaient parmi leurs dieux un « rejeton des eaux », *H2epom Népōts (> lat. Neptūnus), mais sans doute aucun dieu de la mer – le nom qui la désigne, *móri, a d’ailleurs le sens plus large et moins spécifique d’« eau stagnante » –. Il peut donc paraître étonnant que les dieux de la mer de deux peuples indo-européens sans contact direct l’un avec l’autre, les Grecs (Poséidon) et les Islandais (Njǫrðr), présentent dans leurs attributs comme dans leurs mythes de si grandes ressemblances, qui ne peuvent s’expliquer que par une origine commune. Leur comparaison permet de conclure qu’ils dérivent tous deux d’un même dieu indo-européen lié au feu et à la souveraineté, dont la potestas s’étendait sans doute aussi aux eaux terrestres, mais pas uniquement, comme l’indiquent leur association commune aux chevaux et, pour Poséidon, aux tremblements de terre. On examinera aussi d’autres parallèles scandinaves au moins partiels de Poséidon, comme le serpent de mer Jǫrmungandr.