REGARD SUR L’ŒUVRE DE CARL GUSTAV JUNG PAR PHILIPPE DRWESKI

Entretien d'Issy "En dehors des idées reçues"

Maître de conférence en psychologie clinique à l’université de Paris Cité à l’institut de psychologie de Boulogne-Billancourt, ses thématiques de recherches et d’enseignements sont tournées autour des dispositifs thérapeutiques de groupe, de couple et de famille. Il a développé en parallèle une activité clinique depuis 2010 en cabinet et en institution.

- En quoi la vie de Jung a-t-elle influencé son œuvre ?

Les éléments biographiques de Carl Gustave Jung sont très utiles pour mieux comprendre le développement de son œuvre. Ses origines sont de ce point de vue particulièrement éclairantes. Il vient d’une famille avec une double filiation : médicale par son père et religieuse par sa mère. Du côté paternel on tombe sur d’éminents médecins et notamment le célèbre chirurgien anatomiste Suisse Karl Gustav Jung, du côté maternel on retrouve de nombreux pasteurs. Cette dimension religieuse est particulièrement marquée chez sa mère qui pratiquait l’occultisme et le spiritisme.
Dès lors nous retrouvons ces deux influences au cœur de son œuvre. Il devient psychiatre mais sa théorie est marquée par un intérêt important pour le mysticisme. Il fera par exemple sa thèse de médecine sur les phénomènes occultes. Ces deux influences vont d’ailleurs mener à des critiques émanent de plusieurs horizons qui vont souvent l’isoler et créer des ruptures avec d’autres médecins avec qui il a pu collaborer.

- Pouvez-vous nous donner quelques éléments de pensée qui le distinguent de Freud ?

Les recherches de Jung dans le champ de la psychiatrie vont rapidement l’amener à s’intéresser aux travaux précurseurs de Freud. C’est notamment après la lecture du célèbre ouvrage « l’interprétation des rêves » qu’il va tenter de rencontrer son éminent collègue. Dès lors, une étroite collaboration va naître entre les deux hommes qui, pendant plusieurs années, vont s’écrire plusieurs centaines de lettres et échanger les résultats de leurs travaux. Ils partagent tous deux un intérêt commun pour « la psychologie des profondeurs ».
Toutefois, des dissensions vont peu à peu apparaître entre les deux hommes. Freud va rapidement remettre en cause la dimension mystique et religieuse des travaux de Jung. Un exemple de ces tensions vient de la conception de Jung de l’inconscient. Pour Jung il existe des symboles inconscients dont l’interprétation peut être commune. Freud s’oppose à cette idée en considérant que les éléments de l’inconscient ne peuvent être interprétés qu’à partir du discours et de l’histoire du patient.