SE DÉPLACER POUR EXISTER Lorenzo Armendáriz

VERNISSAGE Mardi 9 novembre, 18h. En présence de l’artiste

©Lorenzo Armendáriz

Commissaire : Makeba Gil

Avec l’amicale complicité de Neyra P. Alvarado

« Voici un monde d’ombre et de lumière et Lorenzo en est l’esprit. Parti à la recherche de ses origines, il a construit son avenir. Hallucinant. C’est pourquoi les ombres sont si importantes dans le livre, car Lorenzo évolue dans un monde d’ombres, en aveugle, il n’a pas de points de repère de ce qu’il cherche réellement. Ce monde d’ombres et de magie s’éclaircit progressivement à son passage. »

Patricia Mendoza (1948-2020), spécialiste de l'histoire de la photographie au Mexique

Inspirée du livre éponyme de Lorenzo Armendáriz, l’exposition SE DÉPLACER POUR EXISTER met en scène de magnifiques photographies en noir et blanc prises en Amérique latine et en Europe sur une période de 25 ans. Sous nos yeux se dévoile un monde d’ombre et de lumière dans lequel évolue le photographe, parti à la recherche de ses origines au cœur des communautés tsiganes. L’occasion d’éclairer notre regard sur le quotidien d’artistes méconnus ayant largement contribué au rayonnement du cinéma et du cirque ambulants.

Spécialisé dans la documentation photographique de diverses ethnies, le photographe Lorenzo Armendáriz a documenté plus de 40 groupes autochtones au Mexique et au Guatemala. Son travail se réfère particulièrement à l'homme et à sa vision du monde, ainsi qu'au transit de groupes nomades et semi-nomades, où le voyage ne représente pas un déplacement, mais une expérience vitale.

Son œuvre la plus représentative est La Gente del Viaje [Les gens du voyage], Los Senderos de la Fe [Les sentiers de la foi], Guerreros del Desierto [Guerriers du désert] et El Aliento de los Santos [Le souffle des saints]. Le premier ouvrage est le fruit de vingt ans de relations avec les Tsiganes du Mexique, d'Europe et d'Amérique du Sud, selon le terme académique générique recouvrant les différentes branches de ce peuple. Le deuxième est un essai d'interprétation photographique sur les pèlerinages et les sanctuaires au Mexique, à travers la lomographie et le sténopé. Le troisième documente les éleveurs nomades de chèvres et de chameaux dans les déserts du Mexique et du Sahara occidental. Et le dernier aborde la vision du monde des Mayas-Tzeltals de Tenejapa, au Chiapas, que le photographe côtoie depuis trente ans.

Lauréat du XIIe concours de photographie anthropologique de l'ENAH-École nationale d’anthropologie et d’histoire de Mexico en 1992, Armendáriz a obtenu plusieurs distinctions lors des biennales de photographie de Mexico et La Havane (1995), ainsi qu’une troisième place du Concours Amico Rom de Lanciano, Italie (1998 et 2009). En 2006, il a obtenu le prix du documentaire de la China Folklore Photographic Association, Beijing, en Chine, et le Prix Manuel Ramos de photographie de l’État de San Luis Potosí, au Mexique. En 2018, il s’est vu décerner une reconnaissance pour l’ensemble de sa carrière au Festival international de l'Image (FINI) organisé par l’Université Autonome de l’État d’Hidalgo, au Mexique.

Son travail a été exposé au Mexique, aux États-Unis, à Cuba, en Colombie, au Pérou, en Autriche, en Roumanie, en Finlande, en Espagne, en France, en Belgique, au Luxembourg, au Portugal, en Slovaquie, au Kenya, en Hongrie, en Croatie, en Bulgarie, en Turquie et en Serbie. Il fait partie de collections telles que la Bibliothèque nationale de France, la Photothèque de Cuba, la Fondation Ronald Margolis en Arizona, l'association Them Romano de Laciano, en Italie, la Photothèque nationale de l’INAH, le Centro de la Imagen et la Photothèque Nacho López de Mexico, ainsi que l'Université du Michoacán San Nicolás de Hidalgo, au Mexique.

Grâce à la bourse des jeunes créateurs du Fonds national pour la Culture et les Arts du Mexique, Lorenzo Armendáriz a entrepris en 1995 un voyage photographique en Europe centrale et dans les Amériques, sur les traces de son grand-père mexicain appelé « le Hongrois ». De la France à la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie ; du Mexique à l'Équateur, en passant par la Colombie, l’Equateur, le Chili et l'Argentine, il cherche des liens avec les Roms et les Ludars, en s'intégrant à leurs réseaux. Ses photographies rendent compte de l'unité et de la diversité de ce peuple, de l'intérieur comme de l'extérieur, ainsi que de leurs relations complexes dans la durée.

Originaires de Roumanie et des Balkans, les Tsiganes Ludar sont arrivés à Mexico par Veracruz à la fin du XIXe siècle. Depuis, ils se sont intégrés à la vie du Mexique en offrant des spectacles de rue comme le fakirisme ou les danses en compagnie d’ours et de singes. Nombreux sont ceux qui se sont longtemps consacrés au cinéma ambulant et se présentent maintenant sous des chapiteaux modernes aux marges des villages, semblables à ceux qu’utilisent les cirques, adaptés pour leurs spectacles de variétés, de magie et d’hypnose collective, en fonction des goûts du public. Telle est la condition du métier de se préparer, de s’informer et de s’adapter à l’évolution de la clientèle. Le spectacle itinérant apparaît comme un métier exigeant qui s’exerce en famille, où il faut s’entraîner dur afin de dominer la technique. Il s’inscrit dans un long processus d’immersion vécu par les Ludars dans ce pays où ils habitent depuis près d’un siècle.

Les images, positives ou négatives, qui circulent sur les Tsiganes dans le monde sont également présentes au Mexique où se reflète la complexité des rapports que ce peuple entretient avec les institutions, les sociétés et l’imaginaire des populations où ils se sont arrêtés. Elles expriment aussi des formes de la vie romanès dans lesquelles se reconnaissent les pratiques des différentes trajectoires migratoires, des pays et des villes de stationnement.