Que veut dire, aujourd’hui, porter notre attention sur le monde ? L’exposition « An Act of Attention » réunit sept photographes issu·es de générations différentes, de Suède et de France.
Iris Millot dirige notre attention vers sa grand-tante Hélène, ancienne activiste du Mouvement de libération des femmes. Les traces qu’elle a laissées sont présentées aux côtés d’une image d’archive anonyme, tirée de l’un de ses carnets. Hélène n’est jamais pleinement visible ; sa vie prend plutôt forme à travers des objets, des espaces et des détails du quotidien, composant un portrait à travers son absence.
L’attention d’Ela Polkowska se porte sur le corps. Le titre de sa série Firmly Pinch the Skin Together (Pincez fermement la peau) renvoie à un geste médical dans lequel le toucher peut être à la fois source d’inconfort et de soin. Le corps est abordé indirectement, à travers des objets qui acquièrent les qualités de la peau : vulnérabilité, tactilité, et marques du contact.
Dans Sabbia e Bronzo, Massao Mascaro se tourne vers le littoral méditerranéen, prenant pour point de départ son histoire ancestrale et les bronzes de Riace. En parcourant le paysage, son attention se pose sur des fragments et des objets. Le bronze perdure, tandis que le sable est en perpétuel mouvement. Entre les deux, le plastique émerge comme un contrepoint contemporain. À travers ces matériaux, le paysage devient un lieu où les traces sont conservées, transformées et abandonnées.
Le travail de Salad Hilowle interroge sur les présences reconnues dans l’histoire et celles laissées dans l’ombre. Puisant dans son héritage somalien et dans celui de la diaspora africaine en Suède, il attire notre attention sur des figures noires présentes depuis longtemps dans l’histoire culturelle suédoise, mais souvent reléguées aux marges de la mémoire collective. Dans Nätdragande Morian, une sculpture enveloppée dans un sarong a été photographiée puis transposée en tapisserie. Associée à un certain prestige historique, la tapisserie lui offre une présence nouvelle au sein d’une tradition visuelle dont les figures noires ont souvent été absentes.
Les portraits de Tom Hallgren nous placent face à trois jeunes hommes. Alors qu’une représentation stéréotypée de la masculinité voudrait qu’elle exprime la force, Hallgren privilégie une intimité vulnérable. La proximité des visages nous invite à interroger notre position en tant que spectateur·ices et la relation établie à travers le regard. Que peut révéler une photo d’une autre personne, et qu’est-ce qui demeure hors de notre portée ?
Theo Elias s’attarde sur la photographie en tant que telle et sur la relation qu’elle entretient avec le réel. À l’aide de procédés en chambre noire, de collages, d’installations et de peinture aérosol, il transforme ses images couche après couche. Pour lui, les photos doivent être activées par ces interventions, chaque altération faisant osciller l’image entre représentation et fiction. Des photographies d’environnements nordiques en noir et blanc côtoient des images de coquelicots d’un rouge saturé. Cette fleur fragile évoque la beauté et la passion, le chagrin et la mort. Dans ce mouvement entre réel et fiction, sa pratique photographique devient un moyen de revenir à la mémoire et de la travailler.
Avec Marguerite Bornhauser, la matérialité emprunte une autre direction. L’intensité des couleurs et de la lumière amplifie le monde qu’elle photographie, lui conférant une dimension presque onirique. Certaines pellicules sont développées dans de l’eau de mer et marquées par le sel, permettant à des éléments du paysage de s’inscrire jusque dans le processus photographique. Ses images transforment le monde et en conservent en même temps des traces physiques, nous offrant à la fois un lien tangible avec le paysage et le sentiment de quelque chose qui nous échappe.
Informations pratiques
Visite commentée en anglais
Entrée libre sans réservation