Première exposition monographique institutionnelle parisienne de Mai-Thu Perret (1976, vit et travaille à Genève), Othermothers réunit un ensemble de pièces sculpturales et lumineuses [...]
[...] , ainsi qu’une installation sonore réalisée en collaboration avec l’autrice britannique Tamara Barnett-Herrin.
Depuis la fin des années 1990, Mai-Thu Perret déploie une recherche plastique et théorique, entrelaçant les références historiques, artistiques et littéraires, les récits alternatifs féministes et les savoir-faire techniques. L’artiste imagine notamment dès 1999 la fiction The Crystal Frontier, le récit d’une communauté autonome féministe installée au Nouveau-Mexique, qu’elle utilise pour générer des oeuvres, objets, tapisseries, peintures, chansons et légendes censées avoir été produites par ses personnages. Plus tard, dans la série de sculptures intitulées Les Guérillères, 2016, elle s’inspire des combattantes kurdes de l’état libre du Rojava ainsi que du roman éponyme de Monique Wittig. Fragments polyphoniques d’une société utopique, les oeuvres de l’artiste s’imprègnent de l’histoire de différentes géographies et des réalités, conflits et résistances contemporaines.
Prolongeant cette approche politique et symbolique, Othermothers nous transporte à la lisière du spirituel. L’exposition compose un espace céleste peuplé de divinités puissantes et de créatures espiègles. Hybridant les matières et les mythologies, Mai-Thu Perret brouille nos repères et introduit une nouvelle dynastie de déesses, mères et guerrières. Sous le regard d’oiseaux de verre et de nuages de papier apparaît une assemblée de déités où se rencontrent notamment les émanations chimériques de Diane, divinité latine de la lune, de la fertilité et de la chasse et de Nout, déesse égyptienne du ciel et mère des étoiles, dont le corps-voûte céleste avale chaque soir le soleil pour le remettre au monde au matin. Déesses nocturnes et astrales, oeuf cosmique radiant et génies zoomorphes, ces figures composent un nouvel horizon créateur, les habitantes d’un domaine vibrant, infini, indéfini.
Le titre de l’exposition est emprunté à un chapitre du livre Matrescence : On the Metamorphosis of Pregnancy, Childbirth and Motherhood (ed. Penguin, 2024). Dans cet ouvrage, l’autrice et journaliste des sciences Lucy Jones explore les métamorphoses radicales sur le corps et l’esprit qui accompagnent la maternité. Le chapitre « Othermothers » décrit la solidarité et l’entraide entre femelles animales dans le soin des nouveau-né.es, allant jusqu’à l’adoption chez certaines espèces comme la chauve-souris ou la renarde. L’exposition convoque ainsi la puissance matricielle d’une communauté syncrétique, la potentialité d’une généalogie collective. Naviguant du poème à la céramique, du papier sculpté au bronze, du verre au néon, Mai-Thu Perret déploie une pratique à la fois critique et onirique, convoquant de nouvelles cosmogonies dissidentes et la possibilité d’un regard émancipé sur le monde.
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