Croix du Jaranceau
88340 Le Val d'Ajol
Sur les hauteurs du Val d’Ajol, dans la section de la Chaume, non loin de la limite Vosges/Haute Saône, se dresse une croix insolite, classée monument historique, dite « Croix du Jaranceau », datée de 1626.
Devant, sur le croisillon, est sculpté le Christ, portant une assez longue barbe, la couronne d’épines, un pagne drapé et ayant les pieds joints. Quatre personnages figurent de part et d’autre du croisillon et du fût. Près du Christ, à gauche en regardant la croix, une femme aux mains jointes, vêtue d’un long voile joliment drapé, sainte Madeleine, parée d’un collier, « qui se tenait au pied de la croix ».
En face, Saint Jean, reconnaissable au serpent mort qu’il tient. En effet, la tradition rapporte que saint Jean a fini ses jours à Ephèse (Turquie actuelle). Là se dressait l’une des sept merveilles du monde antique, le temple d’Artémis (déesse grecque de la lune et de la chasse). Le grand prêtre d’Artémis défia Jean en lui rappelant la parole de Jésus : « Voici les miracles, qui accompagneront ceux qui auront cru : s’ils boivent un breuvage mortel, il ne leur fera aucun mal. » Le grand prêtre ajouta : « Si tu veux que je croie en ton dieu, je te donnerai du poison à boire et, s’il ne te fait aucun mal, c’est que ton dieu sera le vrai dieu ». Par un geste de bénédiction, Jean neutralise le poison qui s’échappe de la coupe sous l’aspect d’un serpent mort.
En dessous, à gauche, Saint Paul, barbu, vêtu d’une longue tunique, un manteau sur les épaules, un livre dans la main gauche ( la Bible, ses épîtres ? ) et une longue épée dans la droite : l’instrument de son martyre, puisqu’il a été décapité. ( Les saints martyrs sont souvent représentés avec l’instrument de leur supplice, ce qui permet de les identifier ).
En dessous, à droite, Saint Pierre, reconnaissable aux deux grosses clés qu’il tient dans la main gauche. « Je te donnerai les clés du royaume des cieux ». Dans la main droite, un livre ouvert. Sa tunique est courte. Détail naïf, réaliste et émouvant : la manche gauche retroussée et roulée, évoque la tenue d’un travailleur manuel : Pierre était pêcheur.
Au dos du croisillon, la Vierge couronnée (Marie, reine des cieux), a la tête voilée. Elle porte aussi un long manteau qui cache en partie Jésus, nu, qu’elle porte dans ses bras ou sur ses genoux. Dépourvu d’inscription, hormis la date de 1626 ( guerre de trente ans ) et celle de 1715, moins bien gravée, ce monument apparemment en grès local finement sculpté demeure mystérieux.
Une vieille tradition orale évoque un sculpteur qui aurait fui son village et se serait réfugié auprès de bergers qui l’auraient hébergé dans leurs cabanes. Le pauvre homme, en guise de reconnaissance ou de rétribution, aurait sculpté cette croix que nous admirons, mais il est resté anonyme. Une autre tradition évoque un camp de pestiférés ...
Le promeneur est étonné de découvrir ce chef-d’œuvre en pleine nature, au milieu de nulle part. Cependant, le cadastre napoléonien (1811) nous montre qu’autrefois le Jaranceau était un hameau bien plus animé qu’à présent.
Il comptait plusieurs cabanes, maisons ou fermes. Une seule est aujourd’hui restaurée, quelques-unes sont abandonnées ou en ruines, la plupart ont disparu. Deux routes « officielles » se contentent de longer ce hameau, mais d’agréables chemins pédestres le traversent. Ce sont : le chemin qui allait de Saint Bresson à la Combelle ( près de la croix ), le Grand chemin de Laître à Saint Bresson, le chemin des champs à Saint Bresson, ( notre Grand Côte ) et, en contrebas, l’important chemin d’autrefois de Fougerolles à Outremont ( VC9 aujourd’hui ).
Notre belle croix solitaire a vu passer du monde, à pied, à cheval ou en charrette ! Ainsi, se révèle à nous, un peu de notre passé..…
Monsieur Vaubourg pense que le toponyme « Jaranceau » signifie « Petit Gérard ».
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Situé en zone rurale, Édifice religieux
Accès
présence de parking, des panneaux indicatifs seront placés sur les panneaux communaux.

Viviane Burgunder MJC Le Val d'Ajol