Auditorium de l'Humathèque du Campus Condorcet - 10 Cour des Humanités, 93300 Aubervilliers
Mémoire des chemins de l’eau, mémoire des liens
LEBLON Anaïs - Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, UMR 73218 LAVUE-ALTER, UFR Textes et sociétés
Cette communication propose une ethnographie de la transformation du rapport à l’eau, celle du fleuve et de ses dérivations, et de ses effets sur les pratiques agro-pastorales et halieutiques, à partir du cas du territoire agropastoral de Donaye (région de Podor). Situé en bordure du fleuve Sénégal dans le waalo – zone inondable où se pratiquent la pêche et la culture de décrue –, ce village, partiellement détruit par l’inondation en 1999, a été relocalisé sur les terres de jeeri, hautes terres non inondables traditionnellement cultivées pendant la saison des pluies. À travers l’analyse des récits des habitants – pêcheurs et agriculteurs –, il s’agira de restituer les perceptions des transformations engendrées, d’une part par les aménagements hydro-agricoles mis en œuvre à la suite des grandes sécheresses des années 1970 (développement de l’agriculture irriguée, construction des barrages de Diama et de Manantali), et d’autre part, par le déplacement des populations du waalo vers le jeeri à la suite des inondations destructrices de 1999. En suivant les traces des chemins de l’eau – mares, canaux, anciennes cuvettes inondées – et les récits qui les font vivre, cette étude interroge la manière dont la mémoire des lieux éclaire les relations que les habitants entretiennent avec ces éléments. L’enjeu est de comprendre comment ces espaces se construisent comme des milieux relationnels, au-delà de leur appréhension technique ou de leur réduction à de simples ressources hydrauliques."
Film : “Les mares, des paysages, des liens” (2025)
EL HANNANI Mustapha - ESO UMR 6590 CNRS, Université d’Angers, SFR Confluences
Les mares, des paysages, des liens (35min) s’appuie sur les témoignages des habitants dont le mode de vie est construit autour des mares qui ponctuent le plateau (Déri) et le fleuve (Walo). Entre le Déri et le Walo, il n’existe pas d’écoulement hydrique matérialisé par des rivières. L’écoulement ici est d’ordre humain et animal. Les flux sont des hommes et des animaux qui parcourent les deux constituant la trame culturo-historique de ce lieu. Celui de la société Peul. Une société d’éleveur dont la quête des terrains de parcours est indissociable de la liberté de mouvement. La complémentarité naturelle entre Walo et Déri constitue son fondement. La transformation radicale de l’un ; le Walo devenu paysage agricole par excellence où les mares sont devenues des champs et la crise de l’autre, le Déri où la raréfaction des précipitations accentue le caractère éphémère des paysages de parcours et les masses d’eau dans les mares, l’être Peul est contraint de s’adapter."
D’une mare à une autre. L’imaginaire des liens dans l'œuvre poétique de B. Diallo
BOURLET Mélanie - UMR 8135 CNRS, INALCO, Paris
Après avoir co-réalisé un documentaire en 2016 posant la dimension mémorielle et affective d’une poésie fortement ancrée dans des lieux et proposant une perception intégrative de l’espace Waalo/Jeeri où les mares jouent un rôle essentiel, nous avons souhaité élargir et approfondir cet aspect en 2018 avec Marie Lorin dans le cadre du projet pluridisciplinaire ECOSEN. Ce dernier avait pour ambition de mettre en lumière les formes écologiques que sont les poésies de cette vallée du fleuve Sénégal, en proposant un regard inédit et interdisciplinaire sur elles. C’est donc cette entrée par le poétique que je souhaite illustrer ici par un exemple ainsi que l’expérimentation de la collaboration pluridisciplinaire pour montrer la pertinence des productions culturelles et langagières dans la compréhension de la perception et du rapport que les habitants nouent avec ces paysages de l’eau.
Géographie, géomatique et littérature orale locale pour l’étude de la dynamique des mares et leurs ressources en eau dans le waalo et le jeeri du fleuve Sénégal
NUSCIA TAÏBI Aude - ESO UMR 6590 CNRS, Université d’Angers, SFR Confluences, Institut Universitaire de France
Face à l’absence de prise en compte des mares dans les aménagements de la vallée du fleuve Sénégal et son jeeri, des approches pluridisciplinaires croisant observations de terrain, par drone et images satellitaires, modélisation et sources orales littéraires et dires d’acteurs, sont mises en œuvre pour saisir les dynamiques de fonctionnement et montrer le rôle majeur dans les socio-hydrosystèmes de ces écosystèmes invisibilisés.