Jeu de piste photographique
Sur les traces d'un photogrpahe clandestin sous l'Occupation
Plongez dans le Paris occupé à travers un jeu de piste immersif proposé par le Musée de la Résistance nationale à Champigny-sur-Marne dans le cadre du Bicentenaire de la Photographie.
Au fil d’un parcours urbain libre et autonome autour du quartier du Printemps Haussmann, les participants sont invités à suivre les traces d’un mystérieux photographe clandestin ayant documenté la capitale entre 1940 et 1943. À chaque étape, des cartels installés dans l’espace public permettent, grâce à des QR codes, d’accéder à des capsules audiovisuelles mêlant photographies d’archives, enquête historique et narration immersive.
Le jeu de piste prend la forme d’une conversation WhatsApp scénarisée : le participant intègre un échange entre trois membres d’une même fratrie qui découvrent, dans le grenier de leur grand-mère, une caisse contenant près d’un millier de photographies anciennes représentant Paris sous l’Occupation. Intrigués par cette découverte et par un mystérieux mot manuscrit accompagnant les clichés, ils décident de mener l’enquête. Le participant devient alors acteur de cette recherche, invité à se déplacer dans la ville pour retrouver les lieux photographiés, observer les transformations du paysage urbain et faire progresser l’enquête.
Le parcours s’appuie sur un corpus exceptionnel de photographies argentiques réalisées clandestinement à Paris entre 1940 et 1943, dans un contexte où la pratique photographique dans l’espace public était fortement réglementée. Ces images montrent la présence allemande dans la capitale, les lieux de pouvoir et de loisirs de l’occupant, mais aussi des scènes de la vie quotidienne sous l’Occupation. Beaucoup de tirages comportent des légendes manuscrites, parfois ironiques ou critiques, révélant le regard porté par leur auteur sur la présence allemande et la collaboration. Certaines photographies ont même été volontairement grattées afin d’effacer ou de dissimuler certains détails.
Longtemps attribué à un photographe demeuré anonyme, ce fonds a fait l’objet d’un important travail d’enquête mené par Philippe Broussard, journaliste et directeur adjoint du journal Le Monde. Grâce à l’analyse croisée des photographies, des annotations manuscrites, des lieux représentés et des archives, ses recherches ont permis d’identifier l’auteur de ces images : Raoul Minot (1893-1945), employé du Printemps, photographe clandestin puis déporté. Le jeu de piste valorise cette enquête historique et journalistique en invitant les participants à reconstituer progressivement l’identité du photographe, son parcours et les risques encourus pour documenter clandestinement Paris sous l’Occupation.
Pensé comme une expérience immersive à la croisée de l’histoire, de la photographie et du patrimoine urbain, le parcours invite à confronter les photographies historiques aux lieux actuels de leur prise de vue. Les participants sont amenés à observer les permanences et les transformations du paysage parisien tout en s’interrogeant sur la manière dont les images documentent, racontent et transmettent l’histoire.
Le jeu de piste permet également de découvrir les conditions de production de la photographie clandestine pendant la Seconde Guerre mondiale : interdictions imposées par l’occupant, pénuries de matériel, difficultés liées au développement des films, techniques de dissimulation et dangers encourus. Il aborde plus largement la pratique de la photographie argentique, depuis la prise de vue jusqu’au tirage, tout en montrant comment un geste photographique peut devenir un acte de résistance et un outil de témoignage.
Ce projet est porté par l’Association des Amis du Musée de la Résistance nationale (AAMRN), engagée depuis plus de soixante ans dans la sauvegarde, l’étude et la transmission de l’histoire de la Résistance en France, et gestionnaire du Musée de la Résistance nationale à Champigny-sur-Marne. Installé depuis 2020 sur le site Aimé Césaire (40 quai Victor Hugo, 94500 Champigny-sur-Marne), le musée conserve une importante collection consacrée à la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, constituée majoritairement de dons de résistants, de leurs familles et de témoins de la période. À travers ce parcours hors-les-murs, il poursuit son travail de valorisation du patrimoine photographique et de transmission de l’histoire, en proposant une nouvelle manière d’explorer Paris à travers les traces discrètes laissées par un photographe clandestin il y a plus de quatre-vingts ans.