La dette sociale : l'État peut-il porter seul la solidarité ?
Alors que le modèle de l’État providence semble s’essouffler, les Bernardins vous proposent un échange entre un banquier et un théologien pour répondre à cette problématique : est-il possible de re...

Collège des Bernardins
Ils seront présents :
- Nicolas Dufourcq, Directeur Général de la Banque Publique d'Investissement (BPI France), auteur de La Dette sociale de la France. 1974-2024, Paris, Odile Jacob, 2025.
- Christian Saint-Étienne, Professeur d'économie au Conservatoire des arts et métiers.
- Père Bernard Bourdin (op), docteur en histoire des religions, en théologie et en philosophie, professeur de philosophie politique à l'Institut Catholique de Paris.
- Modération par Aléxis d'Hérouville, banquier à BPI France.
À l'issu de la crise du COVID et du désormais célèbre axiome « quoi qu'il en coûte », la dette publique française s'élève aujourd'hui à 3400 milliards d'euros, soit environ 115% de son PIB. Ces configurations ont accrédité l'idée selon laquelle il revenait, en dernier recours, à la puissance publique de palier toutes les déficiences de l'économie de marché sitôt que les circonstances le justifiaient, de sorte à maintenir à flot l'activité comme à protéger les plus fragiles. À ce titre, cette politique semblait conforme à ce qu'évoque la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1948 lorsque celle-ci dispose : « Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale. » Selon ce principe, il revient à la puissance publique d'assurer le niveau de vie de ses citoyens, sans que celle-ci ne semble avoir à tenir compte de la réalité de l'activité économique. En dernier recours, un tel principe ne semble viable qu'à condition d'une réelle prospérité, que la dette publique actuelle met largement en péril. Mais plus encore, il interroge sur le bien-fondé de son paradigme : s'il semble clair qu'une politique sociale généreuse est désirable, suffit-elle à venir au secours des besoins humains des plus fragiles, comme le faisait la charité chrétienne
Historiquement, de nombreuses communautés religieuses ont eu pour mission d'exercer ces oeuvres de solidarité, qu'il s'agisse d'éducation, de soins aux malades ou aux plus pauvres, de visites aux prisonniers ou encore d'accueil des étrangers. Comme l'a rappelé le Pape Léon XIV dans Dilexi te, citant saint Jean Chrysostome, les pauvres ne sont autres que le corps du Christ lui-même : « Chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces petits, c'est à moi que vous ne l'avez pas fait »(Mt 25,45). Ces actions caritatives, mues par l'amour gratuit pour Christ à travers le prochain, apportaient une réponse aux défaillances des systèmes économiques ou politiques, aux calamités naturelles, ou aux faiblesses humaines. Elles répondaient à son appel : « À qui te demande, donne ; à qui veut t'emprunter, ne tourne pas le dos ! » (Mt. 5, 42).
En ce sens, n'est-ce pas enlever à la solidarité sa dimension relationnelle et gratuite que d'en faire la prérogative de l'État Cette charité chrétienne sécularisée dans les politiques publiques de redistribution est-elle suffisante pour répondre aux besoins de la personne humaine L'État, endetté, a-t-il encore les moyens de subvenir aux besoins des plus fragiles