Organisé par l’Académie de l’Eau et l’Académie des sciences d’outre-mer. Auditorium de l'Humathèque du Campus Condorcet - 10 Cour des Humanités, 93300 Aubervilliers
Introduction générale
OLIVER Jean-Louis - Président de l’Académie de l’Eau et Membre titulaire de l’Académie des sciences d’outre-mer
BARJOT Dominique - Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences d’outre-mer" Introduction générale
Première table ronde, présidée par Jean-Louis OLIVER :
Invention technologique et production en série dans la Perse achéménide : le cas des qanāts de Bam et des kavals épigraphiés
FARNOUD Reza - PhD, Ingénieur de recherche, membre de la Société Asiatique
VOISIN Jean-Claude - PhD, membre correspondant de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer (5eme section), de l’Académie de l’eau, et de la Société Asiatique, Paris.
Maria Goréa - Chef du pôle archéologie au sein de l’Institut français d’études anatoliennes, Istanbul.
Le territoire de l'Iran se situe dans une zone aride ou semi-aride du globe et dispose de ressources en eau limitées. Très tôt, ses habitants ont cherché à développer une agriculture irriguée en imaginant des systèmes d'adduction d'eau depuis les rivières ou les réserves souterraines situées dans les piémonts. Ces dernières sont alimentées par la fonte des neiges des hautes montagnes qui entourent le plateau central iranien. Les premiers systèmes d'adduction ont été conçus en surface, au moyen de canaux. Mais l'assèchement progressif de la région, un phénomène qui s'est accéléré dès le premier millénaire av. J.-C., a stimulé l'ingéniosité des populations, qui ont alors mis au point, en souterrain, de nouveaux dispositifs pour capter l'eau des aquifères des piémonts et la conduire jusqu'aux plaines agricoles : les qanâts. Les découvertes exceptionnelles de très anciens qanâts par le professeur Adle entre 2006 et 2014 dans les environs de Bam (sud-est de l'Iran) - découvertes qu'il n' a pas pu publier intégralement avant son décès - apportent des éléments nouveaux à la connaissance de cette technique, dont l'Iran offre une illustration exceptionnelle, qui s’est ensuite étendue en Asie centrale et dans le bassin méditerranéen
L’encadrement juridique des eaux en France au lendemain de la Révolution française : regards croisés entre la métropole et l’espace ultramarin
CARDILLO Monica - Professeur des Universités, Nantes Université, Secrétaire générale de l’Académie de l’Eau, Secrétaire de la Société des Amis de l’Académie des sciences d’outre-mer
Au lendemain de la Révolution française, lorsque les bouleversements sociaux, économiques et politiques exigent l’élaboration d’un nouvel ordre juridique général, l’eau devient un sujet vivement débattu. Il s’agit de transférer entre les mains de la Nation les eaux qui, autrefois, appartenaient au domaine de la Couronne et de supprimer les anciens droits féodaux et seigneuriaux sur les petites rivières. Si les grands cours d’eau sont aisément classés dans le domaine public, les cours d’eau mineurs restent dans un vide juridique pendant plus d’un siècle, animant un long débat doctrinal multidisciplinaire. Pour une France qui s’apprête à entendre sa souveraineté au-delà des mers avec un droit de l’eau simplifié, il apparaît important d’observer les choix juridiques et politiques en termes de gestion de l’eau en France et aux colonies, afin de comprendre les phénomènes de circulation normative, de pluralisme juridique et les enjeux contemporains au sein de la « Francophonie juridique ».
De la concession coloniale à la coopération Sud-Sud : une étude comparée de la gouvernance de l’eau entre la Concession française de Shanghai et les investissements hydriques chinois au Sénégal d’aujourd’hui
ZHAI Yun - Professeure assistante / School of Foreign Studies, Yanshan University, Qinhuangdao, Hebei, China
Cette communication propose une analyse historique comparée de deux modèles de gouvernance de l’eau portés par des acteurs extérieurs dans des contextes asymétriques : la Compagnie française de tramways et d’éclairage électriques de Shanghai à Shanghai (1908- 1949) et les investisseurs chinois au Sénégal contemporain. En dépit de leurs différences historiques et politiques – l’un s’inscrivant dans le cadre impérialiste des concessions, l’autre dans le discours de la coopération Sud-Sud – les deux cas présentent des parallèles frappants en tant que projets d’infrastructure visant à transformer l’environnement hydrique urbain. Cette recherche se divise en quatre axes d’analyse innovants, dépassant le débat binaire sur le néocolonialisme : la politique technologique, le modèle économique, la structure du capital et la construction discursive de la légitimité. Cette analyse conclut en discutant des inspirations de ces modèles historiques pour une gestion de l’eau véritablement durable et équitable au XXIe siècle.
La concession de service public et l’émergence d’un leader mondial de l’eau et des déchets : de la Compagnie générale des eaux (1853) et de la Lyonnaise des eaux et de l’éclairage (1880) au Veolia d’aujourd’hui (2021-22)
BARJOT Dominique - Professeur émérite à Sorbonne université, Secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences d'outre-mer, Association française d’histoire économique, Institut d’histoire de l’aluminium, Association française d’histoire des entreprises
La France a développé de façon précoce un modèle original de gestion des services publics (ou délégation de service public). Si les chemins de fer ou l’électricité ont vu s’imposer, avec les nationalisations, le recours à de grandes entreprises publiques (EDF, GDF, RATP, SNCF), le domaine de l’eau est demeuré dominé par l’entreprise privée, à travers deux géants historiques, la Compagnie générale des eaux (1853) et la Société lyonnaise des eaux et de l’éclairage (1880). Elles ont été longtemps en concurrence, tout en adoptant des stratégies différentes (spécialisation dans l’eau et le traitement des déchets pour la première, diversification vers l’énergie pour la seconde). Néanmoins, elles ont fini par fusionner leurs activités eau et déchets, suite au rachat de Suez par Veolia, héritière de la Générale des eaux, en 2020-2021, donnant naissance à un leader mondial du secteur.
Discussion animée par Jean-Louis Oliver