Projection des film
L'AFFAIRE ABDALLAH
de Pierre CARLES
et
COLLAPSE
d'Anat EVEN
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• 13h45 à La Filature
L'AFFAIRE ABDALLAH
de Pierre CARLES
France, 2026
Documentaire, 101 min.
41 ans à croupir derrière les barreaux… Une éternité – pour ne pas dire perpète, cette peine de mort lente, silencieuse, sans effusion de sang, qui ne révulse donc pas les braves gens. 41 ans : record de France battu pour un prisonnier politique depuis au moins un demi-siècle. On connaît le « happy end » (tout relatif) de l’affaire et du film : au bout de 41 ans d’emprisonnement, dont plus de 25 ans passés en cellule alors qu’il était très officiellement « libérable » (depuis 1999 !), Georges Ibrahim Abdallah est sorti sur ses deux pieds de la prison de Lannemezan le 25 juillet 2025 – et a aussitôt été expulsé vers le Liban, condition sine qua non à son élargissement. Maintenu le plus longtemps possible, contre vents et marées, contre le droit et contre toute raison, dans son cul-de-basse-fosse par l’État français, Georges Ibrahim Abdallah est devenu une sorte d’icône des luttes contre la colonisation de la Palestine, contre la barbarie, pour les droits des Peuples. Le film formidable de Pierre Carles, particulièrement documenté, précis, entreprend de raconter « l’Affaire » Abdallah – ou plutôt LES affaires Abdallah.
On en dénombre au moins trois, particulièrement retorses. D’abord celle qui, en 1982, vaut à ce résistant libanais, en lutte contre l’occupation de son pays par l’armée d’Israël, son interpellation et son premier procès : l‘exécution à Paris, par un commando des Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises, d’un militaire de l’ambassade des États-Unis, ainsi que d’un fonctionnaire israélien membre du Mossad (les services secrets israéliens). Exécution à laquelle Abdallah a toujours nié avoir participé (aucune preuve de sa culpabilité n’a pu être apportée) mais qu’il a tout aussi systématiquement toujours refusé de condamner. Puis il y a les attentats parisiens de 1986, en réalité commis par des combattants chiites du Hezbollah et commandités par l’Iran (spolié par la France), que le gouvernement Chirac-Pasqua d’alors, suivi avec une émouvante unanimité par la presse hexagonale, attribue au petit bonheur la chance pour calmer l’opinion publique au « clan Abdallah » – mettant ainsi un deuxième tour de verrou à la cellule du communiste libanais. Les épisodes violents de l’occupation israélienne en Cisjordanie et à Gaza, la politique d’apartheid de l’État hébreu, les pressions des gouvernements américains successifs, la soumission des gouvernants français de tous bords sont le troisième tour de verrou, la cerise sur le gâteau carcéral qui aurait dû voir mourir le militant anti-impérialiste fidèle à ses engagements de jeunesse, abandonné dans « les oubliettes de la République » (titre initial du film). En s’appuyant sur les commentaires d’un grand nombre de protagonistes, flics, journalistes, avocats, politiques, dont la plupart battent leur coulpe (à l’exception notable d’Edwy Plenel et de Laurent Fabius), le film documente un pan d’histoire méconnu et interroge le fonctionnement – effrayant – d’une « justice d’exception », selon les mots de l’avocat Jacques Gandini, membre de la Ligue des Droits de l’Homme.
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• 18h15 au Temple
COLLAPSE
d'Anat Even
France • 2026
Documentaire, 78 min.
Écrit par Anat Even, Ariel Cypel et Oron Adar.
Au nord-ouest de la région du Néguev, dans la « ceinture de Gaza », se trouve l'ancienne maison de la réalisatrice de films documentaires israélienne Anat Even. Peu après le massacre du 7 octobre 2023, elle revient et erre avec sa caméra dans le kibboutz incendié de Nir Oz. Anat Even passe les deux années suivantes à parcourir et à filmer les environs de la barrière qui isole la bande de Gaza depuis le milieu des années 1990. De son côté, des chars côtoient désormais les tracteurs des agriculteurs qui labourent leurs champs. Les terres agricoles sont parsemées de machines de guerre ; de l'autre côté de la barrière, les bombardements et les explosions qui rasent Gaza de la carte sont audibles et visibles. Anat Even, critique avisée, est une cinéaste essayiste. En voix off ou en dialogue, elle sonde la vraie nature de sa relation à Gaza – la sienne mais aussi celle des autres : son ami parisien Ariel interrompt leur correspondance en raison de divergences éthiques ; Avichai décrit la stratégie militaire destructrice d'Israël ; alors que le médecin palestinien Ezzideen Shehab lance un appel au monde depuis la ville de Gaza. Un film sur la colère et la dépossession, sur la déshumanisation et la discrimination, sur la guerre et l'impuissance. Un film douloureux qui tente l'impossible.