En quelques mots
À partir d’un souvenir d’enfance enfoui, celui d’une créature mi-humaine mi-arbre, Kaci, l’auteur-narrateur, tente de tisser le fil de nos attachements au vivant.
Jouant avec les codes du théâtre et la complicité des spectateurs, il donne vie et corps au personnage de Clé. Née sous X, la jeune femme compte sur un voyage à la Réunion pour retrouver la trace de ses ancêtres.
Kaci va l’aider dans sa quête d’identité en l’amenant à rêver de nouvelles racines, bien plus anciennes que le jour de sa naissance.
Ensemble, ils vont remonter le temps jusqu’au 19e siècle, à la rencontre d’un herboriste et de sa jeune esclave.
Porté par une musique envoûtante et des images saisissantes tournées dans les forêts primaires, Métamorphoses du vivant magnifie nos imaginaires en faisant appel au merveilleux et à ses intercesseurs.
Tout public à partir de 12 ans - durée : 1h10
Distribution
Avec Rachid Akbal, Lymia Vitte
Mise en scène et texte : Rachid Akbal
Regard dramaturgique : Stéphane Schoukroun
Scénographie : Cécilia Galli
Costumes : Fabienne Desflèches
Création vidéo : Didier Léglise
Création lumières : Hervé Bontemps
Création sonore : Clément Roussillat
Régie générale : Katell Le Gars
Assistante scénographie et costumes : Anna Ward
Regard artistique à la Réunion : Audrey Levy
Traduction et conseil en langue créole : Shanel Huet
Construction : Manu Charnay
Production
Production : Compagnie théâtrale Le Temps de Vivre
Co-production :
Festival La Bèl Parol / Cie Karanbolaz (97)
Théâtre Luc Donat à la Réunion (97)
l’Agora-Desnos, scène nationale de l’Essonne à Evry (91)
Espace culturel Boris Vian aux Ulis (91)
Avec l’aide à la création de la Région Île-de-France
Avec le concours financier du Département de l’Essonne
Accueils en résidence : Théâtre de l’Usine à Eragny, l’Avant-Seine / Théâtre de Colombes, Théâtre Luc Donat à la Réunion, l’Agora-Desnos, scène nationale de l’Essonne à Evry.
Processus de création
Par Rachid Akbal
Lire le journal de création
Nous avons un passé ancestral qui fait de chacun de nos corps une portion limitée et infinie de l’histoire de la Terre, de l’histoire de la planète, de son sol, de sa matière. Je suis né. La matière dont je suis fait n’a rien de purement présent. Je véhicule du passé ancestral, et je suis destiné au futur inimaginable.
Emanuele COCCIA
Pour cette nouvelle création, je voulais parler de notre rapport au vivant. Or pour moi, le théâtre est le lieu de la question. La pandémie de la Covid et le dérèglement climatique sont-ils le fait de l’aveuglement des nations devant leur obsession pour la croissance, leur plaisir de jongler avec les chiffres du PIB, leur course à l’enrichissement, à l’extractivisme ? Sont-ils les conséquences de notre éloignement du vivant ? Et comment relier mes interrogations avec ce que je définis comme mon chemin, mes propres questionnements, et mes choix artistiques ?
Ma crainte était de partir sur un récit qui m’enferme dans un discours. Aussi, j’ai choisi de mêler le réel et l’imaginaire, de partir d’une récolte d’histoires, et de les tisser à une fiction.
Je commence par un prologue où je rappelle que marcher est l’action qui détermine l’existence des homo-sapiens, et leur séparation d’avec le reste du vivant. Les deux personnages féminins, Clé et la femme malgache, sont habitées par l’invisible, elles sont des passerelles entre humains et non-humains.
Ovide, dans ses Métamorphoses, est bien sûr le premier - de manière très avant-gardiste - à ouvrir cette passerelle entre humains et non-humains, à décrire minutieusement les correspondances physiques et psychiques possibles de l'altération à l’altérité. Il a largement guidé mes pas au cours du processus de création.
Mais je ne pouvais pas laisser mes personnages seuls porter mes fardeaux, aussi je me suis aventuré en dehors des théâtres, en artiste-randonneur à la recherche d’histoires.
J’ai entrepris des voyages sur l’île de la Réunion. Durant mes voyages, j’ai écrit un carnet de voyage qui fait le récit de mon regard sur le vivant et nourrit le spectacle par le biais du narrateur que j’incarne. Depuis longtemps, mon écriture s’appuie sur des formes non-linéaires. Chamarrée et foisonnante, cyclique et pleine d’enchâssements, de flashbacks, de métamorphoses, l’action y procède par bond pour offrir une complexité narrative.
J’ai, depuis des années, dirigé mes pas vers des sujets de sociétés, construit un théâtre engageant, en me plaçant souvent au centre de mes histoires, en utilisant mon alter égo Kaci.
Me situant résolument dans le cercle des artistes-auteurs, j’ai baladé Kaci sur les chemins de la grande Histoire. Avec lui, j’ai aimé questionner ce mot qu’on a souvent dévoyé : l’identité, le mettre au centre de la préoccupation de mes personnages, en faire de la matière pour le jeu et le je.
Dès le prologue de Métamorphoses du vivant, je tords le cou à cette recherche identitaire qui ne conduit qu’au vide, pour en faire ensuite le ressort de l’histoire, la quête même des personnages.
La singularité de leur quête vient du fait que celle-ci va trouver sa résolution dans leur rapport au vivant. Le sentiment d’identité et le vivant deviennent indissociables, ils se nourrissent l’un de l’autre, au fur et à mesure que l’intrigue se noue. On comprend que l’identité n’est pas figée dans la naissance (une date, un lieu), que nous venons de bien plus loin que nous-mêmes, que nous sommes inclus dans une histoire qui a débuté il y a quelques millions d’années.