"Configurations", projection d’une sélection d’œuvres par Chantal Molleur, commissaire d’exposition (White Frame).
Conçu en résonance avec l’exposition Persistances, "Configurations" réunit six courts métrages qui explorent la manière dont les espaces sont produits, perçus, habités, contrôlés, imaginés et transformés. À travers l’animation, le cinéma d’observation, l’essai filmique, la fiction et le documentaire expérimental, le programme envisage l’espace non comme un simple décor, mais comme une réalité façonnée par des forces, des comportements, des mémoires et des systèmes de pouvoir.
Dans « Flow », Adriaan Lokman rend visible l’un des éléments les plus insaisissables qui nous entourent : l’air. Courants, turbulences et pressions deviennent une manière de percevoir le monde, suggérant que l’espace se définit autant par des forces invisibles que par des formes solides. « On a Wednesday Night in Tokyo », de Jan Verbeek, déplace cette question vers le corps. Dans l’espace comprimé d’une rame de métro tokyoïte, l’espace urbain devient une chorégraphie de densité, de discipline et de routine, où le mouvement collectif est régulé jusqu’aux limites de la capacité physique.
Avec « Paradise », Max Philipp Schmid examine une autre forme de construction spatiale : l’enclos. Jardins, serres, clôtures et paysages soigneusement aménagés deviennent l’expression du désir de créer un environnement idéal, tout en révélant des tendances à la séparation et au repli. La question de savoir qui peut s’approprier ou créer un espace prend une dimension plus intime dans « Warsha » de Dania Bdeir. Au-dessus de Beyrouth, un grutier transforme temporairement un lieu de travail dangereux en territoire privé, un espace où un autre soi peut émerger, à l’abri des regards de la ville en contrebas.
Le programme se tourne ensuite vers des espaces effacés. « The Orchards » d’Antoine Chapon aborde la destruction de Basateen al-Razi à Damas, un quartier et ses vergers rasés à la suite du soulèvement contre le régime syrien. L’espace persiste ici à travers la mémoire, les témoignages et les images, même après sa disparition matérielle. La reconstruction devient à la fois un acte politique et cinématographique : ce qui a été détruit peut encore être rappelé, recomposé et contesté par la représentation.
« Minimal Sway While Starting My Way Up » de Stéphanie Lagarde clôt le programme en prolongeant ces questions sur un axe vertical et systémique. À travers la conscience d’un ascenseur intelligent, le film relie la hauteur extrême de la tour spéculative aux profondeurs extrêmes de la mine. Architecture, extraction, technologie et capital s’inscrivent dans un même continuum spatial, rendant visibles des relations habituellement dissimulées.
À travers ces œuvres, l’espace apparaît comme instable et relationnel : éprouvé par le mouvement, comprimé par les infrastructures, délimité par le désir, approprié par l’imagination, reconstruit par la mémoire et organisé par des forces économiques et politiques. Plutôt que de proposer une définition unique de l’espace, « Configurations » rassemble différentes manières de comprendre la construction des espaces et, en retour, la façon dont ils façonnent les corps, les vies et les histoires qui les traversent.
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Chantal Molleur a travaillé pendant plus de vingt ans dans le domaine des arts médiatiques au Canada, où elle s’est consacrée à la distribution et à la production d’expositions. Après s’être installée en Suisse en 2005, elle a cofondé White Frame et a organisé plus de soixante projets, notamment des projections et des expositions. Sa pratique curatoriale se concentre sur les arts médiatiques et leurs intersections avec les arts visuels, favorisant le dialogue entre les images animées, les pratiques artistiques contemporaines et des publics variés.
Autour de chaque exposition, une programmation culturelle variée invite les publics à aller plus loin dans la découverte.
Ces temps forts prennent des formes différentes pour chaque exposition et offrent de nouvelles façons d’aborder les œuvres (et les thématiques).
Ces rendez-vous sont pensés comme des moments d’échange et de curiosité, ouverts à tous, pour vivre l’exposition autrement.