Cette journée d’étude, qui alternera conférences-performances et communications historiques, entend se situer à l’intersection de l’art renouvelé du cabaret et des études queer. Le cabaret y sera exploré aussi bien comme art que comme pratique culturelle, sociale, et politique.
Organisée par le Centre d'étude des arts contemporains de l'Université de Lille : Hélène Giannecchini, Ariane Martinez et Maëva Lamolière // Avec le soutien du Ministère de la Culture - DRAC Hauts-de-France / Saison Cabaret
Au programme :
Conférence-performance de Mascare
Cette performance est un cheminement dans ce qui fait le travail de cabaret de Mascare, c’est à dire, des élucubrations sur la naissance du théâtre à Delphes, des histoires de météores, de cagoules, des morceaux de littérature, des rencontres avec Joan Nestle, Dorothy Allison et James Baldwin.
Mascare est artiste multiforme, comédienne et DJ. Elle consacre entre 2015 et 2020 une thèse de doctorat à Didier-Georges Gabily, première étude monographique dédiée à cet écrivain reconnu pour son usage viscéral du langage. En février 2022, elle co-fonde avec Bili Bellegarde, Soa de Muse et Grand Soir le cabaret autogéré La Bouche, espace queer et politique. En parallèle, elle écrit des spectacles pour la scène du cabaret Madame Arthur et participe à la direction artistique du lieu. En 2023, elle est DJ résidente à L’Œil Club et donne des workshops de création sonore à Ziguinchor au Sénégal avec l’Alliance Française. Depuis 2024 et 2025, elle joue dans deux pièces de Virginie Despentes, WOKE et Romancero Queer, au théâtre national de La Colline et au CDN de Montreuil, et assure une création sonore pour Marie Darrieussecq au musée de l’Orangerie. En 2026, elle publie Belgazou aux Éditions Corti.
- « Des ambiguïtés archéologiques des mondes queer du cabaret au XXe siècle aux recompositions des scènes queer du cabaret contemporain, continuités culturelles ou héritages formels ? »
Communication de Nadja Perreau
Cette communication tentera de mettre en exergue les dynamiques de recomposition socio-esthétiques des scènes queer du cabaret au XXIe siècle et en France à travers une archéologie des mondes queer du cabaret. Nous proposerons pour ce faire dans un premier temps une entrée par les archives du XXe siècle des fonds Gaston Baheux et Gustave Fréjaville (BNF — Arts du Spectacle) comme du fonds Jacques Crépineau (Théâtrotèque Gaston Baty). Les traces — comme les mythes dégagés à l’aune de cet examen historique serviront dans un second temps une analyse esthético-politique des formes contemporaines à travers trois exemples : les cabarets de la structure de production Maison Furieuse (Pins and Needles, Cabaret Saccage), le « Banquet de la Saint-Sida » du Prato de Lille et le « spectacle de cabaret » (collectifs Cirque Queer, Maison De La et Cirque fièr·e·s).
Nadja Perreau est ancienne élève de l’École Normale Supérieure et titulaire d’un master en études théâtrales de la Sorbonne Nouvelle, actuellement doctorante en Arts du Spectacle à l’Université de Lille sous la direction d’Ariane Martinez, sa thèse s’intitule Artistes queer et trans sur les scènes circassiennes en France de 1998 à aujourd’hui, perspectives historiques, politiques et esthétiques. Ses recherches, inscrites dans les études culturelles, se situent à l’intersection des études queer et trans*, de l’histoire du spectacle vivant et de l’analyse esthétique. Elle s’intéresse dans ce cadre à la production d’archives en lien avec les histoires dissidentes du cirque, du cabaret et du music-hall depuis la fin du XIXe siècle en France, afin de les mettre en résonance avec la création contemporaine.
- « Jean-Marie Rivière, L’Alcazar et les travestis des années 70 »
Communication de Romain Piana
Directeur de l’Alcazar (1968), de l’Ange Bleu (1975) puis du Paradis Latin (1977), Jean-Marie Rivière est le créateur d’une forme de spectacles faisant la part belle aux interprètes travestis – voire à des artistes trans comme Marie-France –, qui se distingue de la tradition déjà ancrée du spectacle transformiste par un recours tous azimuts au réemploi, à la citation et à la parodie. Souvenirs du music-hall d’avant-guerre, références au cabaret berlinois et à Hollywood s’y mêlent dans un style excentrique, festif et dérisoire, camp à sa manière, qui pourrait évoquer l’émergence d’une esthétique queer avant la lettre.
Romain Piana est professeur des universités à la Sorbonne Nouvelle où il dirige l’Institut d’Études Théâtrales (UFR Arts&Médias). Historien du théâtre et des formes spectaculaires populaires, il a notamment travaillé sur le genre de la revue, au théâtre comme au café-concert et au music-hall.
- « Éloge des guillemets : autoportrait d’une voix queer »
Conférence-performance d’Elysée Moon
À la croisée de la conférence, du spectacle et du témoignage, Élysée Moon explore les potentialités d’une pratique artistique hybride où se rencontrent opéra, cabaret, histoire de l’art, médiation culturelle et cultures queer. Nourrie d’expériences personnelles, de références théoriques et de musique en direct, cette conférence-performance s’intéresse aux décalages que produit le drag et à la façon dont ceux-ci peuvent déplacer notre regard sur les œuvres, les identités et les récits. À partir de son parcours de drag queen, chanteuse lyrique et guide-conférencière, elle fait dialoguer des univers que l’on sépare souvent et interroge le pouvoir de l’art comme espace de rencontre et de réinvention.
Élysée Moon est une créature rare née en 2022 du besoin de Grégoire Ichou de trouver un espace d’expression artistique plus libre, et de sa volonté de questionner le genre, en particulier dans l’opéra et l’histoire de l’art.Drag queen, chanteuse lyrique et guide-conférencière, elle aime brouiller les frontières : entre féminin et masculin, entre cultures dites « légitimes », « populaires » ou « subcultures », mais aussi entre fiction et réalité. Médiatrice dans l’âme, Élysée Moon fait dialoguer des univers que l’on sépare souvent. Elle amène l’opéra dans les drag shows, le drag dans les institutions culturelles et cherche à tisser des liens entre ces différentes pratiques artistiques et les publics dans toute leur diversité. Outre sa présence dans de nombreux drag shows en France et en Belgique, elle s’est produite ou a collaboré avec l’Opéra-Comique, la Philharmonie de Paris, Insula Orchestra – La Seine Musicale, l’Opéra de Lille, le Théâtre du Nord, le Palais des Beaux-Arts de Lille, le Festival Bibliothèques Idéales, CY Cergy Paris Université, le Théâtre du Châtelet, l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, le musée du Luxembourg, le musée de Cluny, le musée Gustave Moreau, le Théâtre du Beauvaisis, et le Théâtre de la Monnaie (Bruxelles).