Les moulins du Valois (vallées de l’Automne et de la Nonette) au sortir de la guerre de Cent Ans
BILOT Nicolas - Président et ingénieur de recherche Aquilon
HINARD Morgan - Ingénieur d'études Aquilon
Le Valois est une province historique dont les contours ont varié, donc difficiles à définir. Tous les auteurs utilisent cependant les cours d’eau pour le faire, ce qui démontre leur importance particulière, tant au plan géographique qu’économique, dans ce territoire de plaines céréalières et grandes forêts. Parmi eux, les rivières de la Nonette et de l’Automne sont, d’après la documentation, les plus aménagées. Elles présentent cependant des états assez différents : profils physiques opposés (vallée marécageuse pour la Nonette, « canyon » géologique pour l’Automne), situations géopolitiques contrastées (morcellement féodal de la vallée de l’Automne et grandes unités relativement cohérentes autour de la Nonette), natures, densités et répartitions des aménagements variés (pêcheries, artisanat, franchissements, etc.). Sur ce point, c’est avec les moulins que la différence est peut-être la plus nette. À partir de l’étude des archives des séries publiques et privées (dont l’exceptionnel fonds des archives du musée Condé de Chantilly) et en profitant des monographies communales réalisées ces dernières années, il est possible de proposer une réflexion sur l’équipement meunier à la fin du Moyen Âge. En lui-même, la question de la proportion du moulin de mouture par rapport au moulin industriel et la caractérisation de l’organisation spatiale de ses abords immédiats suivant sa fonction amènent à des remarques instructives. Se pose aussi la question de la concurrence du moulin à vent, qui, bien que moins productif, se fait une place à partir de la fin du Moyen Âge parce que les cours d’eau sont saturés ou inaccessibles. Il est aussi possible d’évaluer si la situation du Moyen Âge Central est si différente qu’on le dit habituellement de celle de l’Ancien Régime. Ce qui revient à se demander si le « Temps de la Guerre de Cent Ans » a eu un si fort impact qu’on l’affirme sur la principale structure économique et fluviale de la période.
Le moulin hydraulique médiéval : puissance, rendement et aménagement de la rivière
ROLLIER Gilles - Ingénieur de recherche émérite à l’Inrap
Avec l’acquis de l’archéologie, l’étude de l’évolution du moulin hydraulique médiéval (construction, moteur hydraulique, rendement, etc.) a fait beaucoup de progrès ces dernières années. Les fouilles du moulin de Thervay dans le Jura, construit en 1154 et détruit après 1169, permettent d’envisager une augmentation très sensible de la production en farine avec un doublement de la surface de mouture sur la durée d’utilisation de la machine. Dans le Mâconnais et les marges de la Bresse, il est possible de saisir la manière dont les constructeurs ont permis aux sites de doubler ou tripler la production à partir du moment où le moulin se fixe sur le cours d’eau. La fixation du moulin pourrait s’établir dans la région dans le courant du XIe siècle, imposant l’anthropisation de la rivière afin d’amener l’eau au moulin.
Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public
BÉRENGER François - Enseignant d'histoire-géographie au lycée Buffon (Paris 15)
Ce que rendent les eaux : la pratique du ius naufragii dans le royaume de Sicile sous le règne de Charles Ier d'Anjou Durant le règne de Charles Ier d’Anjou (1266-1285), le ius naufragii, qui permet de s’approprier les marchandises et autres objets échoués sur un rivage à la suite d’un naufrage, est encore largement pratiqué dans le royaume de Sicile en dépit des critiques de l’Église. Le souverain veille en effet à préserver les droits de la Couronne sur les épaves et leurs contenus, ce qui lui assure des revenus notables en certaines occasions. Cependant, il fait également respecter la coutume qui veut que les propriétaires disposent de trois jours pour récupérer les biens. Aussi donne-t-il à plusieurs reprises des instructions à ses officiers pour qu'ils sévissent contre les populations qui se sont illégalement emparées de marchandises ou de matériaux provenant d'un naufrage.
Un double naufrage à Cadzand en 1408 : témoignage du commerce maritime méditerranéen
BONNIVERT Antoine - Chercheur FED-tWIN (Archives générales du Royaume / Université libre de Bruxelles)
Le 2 février 1408, lors d’une violente tempête, deux navires marchands, l’un italien et l’autre portugais, font naufrage au large de l’île de Cadzand. Les cargaisons échouées sur les côtes sont récupérées par le bailli de Bruges, au nom du comte de Flandre, conformément à son droit d’épave. La comptabilité établie par le bailli et, surtout, la riche série des Acquits, conservées aux Archives générales du Royaume, fournissent des informations de premier plan sur cet épisode et sur ses conséquences directes. Parmi ces documents figure notamment un inventaire détaillé des biens récupérés par l’administration comtale (vin, vêtements, tissus, etc.) ainsi que les réclamations portées auprès des autorités par des marchands italiens et portugais, représentés par leurs courtiers brugeois, afin de récupérer leurs marchandises. Plus largement, ce riche dossier témoigne de la place encore centrale occupée par la ville de Bruges au début du XVe siècle dans le commerce maritime européen.
L’Orénoque au XIXème siècle : Indépendance, commerce atlantique et explorations
SPILLEMAEKER Frédéric - Chercheur post-doctorant responsable d’antenne / Institut Français d’Études Andines (IFEA), Réseau Universitaire des Chercheurs en Histoire Environnementale (RUCHE), Latin American Studies Association (LASA)
Dès le XVIème siècle, l’Orénoque et ses affluents sont empruntés par des conquistadors qui situent dans cette région la mystérieuse cité d’or d’El Dorado. Au XIXème siècle, d’autres ressources naturelles attirent toutes les convoitises : la fève de tonka et le cacao mais aussi les lamantins chassés pour leur peau, ou encore les tortues dont l’huile est prisée pour les lampes. Le fleuve et ses affluents forment l’armature des échanges entre la Colombie et le Venezuela, et également des exportations vers les Antilles, l’Amérique du Nord et l’Europe : les patriotes sud-américains en bénéficient pendant les guerres d’Indépendance, avant que de nombreux commerçants européens ne s’installent dans ces contrées, également prisées des géographes et des botanistes et mises en récit par Jules Verne. Cette ouverture atlantique s’accentue avec l’amélioration des techniques de navigation, en particulier avec l’arrivée des bateaux à vapeur qui cohabitent avec les pirogues des peuples amérindiens
HERLEA Alexandre - Membre CTHS
L’énergie hydraulique est-elle une énergie d’avenir ?
Dans le monde en mutation accélérée la transition écologique est incontournable et la place que l’énergie de l’eau, des rivières et celle des mers, y occupe est majeure. Après un bref passage en revue de l’histoire de l’énergie hydraulique, dans laquelle la France a joué un rôle éminent, nous allons nous arrêter sur le retour en force, aujourd’hui, de cette source d’énergie. La Chine est le plus grand producteur mondial ; plus de 30% du total. La France est au 10e rang mondial avec 1,5% du total; 12% de la production d’électricité nationale. Si l'énergie hydraulique présente de nombreux avantages, on dénombre deux inconvénients principaux: la dégradation du paysage et la perturbation de certains écosystèmes. En conclusion nous ferons quelques considérations sur la transition écologique en évoquant le COP 21 (Paris) et COP 30 (Belém). "