L’eau dans les abbayes périurbaines de Bruxelles : entre pratiques locales et modèle cistercien
MARTIN Emeline - Doctorante en Histoire, histoire de l’art et archéologie à l’Université libre de Bruxelles (CReA-Patrimoine)
Au Moyen Âge, l’eau est centrale dans l’organisation monastique, à la fois ressource vitale et symbole spirituel. Les Cisterciens, souvent perçus comme maîtres de l’hydraulique médiévale, offrent un terrain privilégié pour l’étudier. En prenant pour modèle Villers-en-Brabant et en examinant des abbayes périurbaines de Bruxelles, cisterciennes ou non, nous analysons comment ces communautés ont capté et aménagé l’eau pour leurs besoins. L’inscription de ces établissements dans un environnement périurbain invite à interroger l’influence de cette proximité sur leurs choix techniques et leurs usages de l’eau. En confrontant sources écrites, données archéologiques et analyses de paysage, nous identifions points communs et spécificités locales, et discutons la pertinence d’un “modèle hydraulique cistercien”.
Sur les terres de l’abbaye royale Notre-Dame de Jouarre en 1705 : les étangs, une richesse pour la Brie ?
CUBADDA Valérie - Bibliothécaire, Bibliothèque de l’INHA (Institut National d’Histoire de l’Art), Société historique de Meaux et de sa région (SHMR)
Micheline Baulant, chercheuse au Centre de Recherches historiques, parle en 1990 de la « région des étangs » située entre la Hautemaison, Giremoutiers, Pierrelevée et Jouarre. Jean-Michel Derex, historien spécialiste des zones humides examine en 2000 les étangs briards juste avant la Révolution puis au moment de leur assèchement. Qu’en est-il en 1705 lorsque l’abbaye royale Notre-Dame de Jouarre établit une sorte d’atlas ? Ce registre conservé aux Archives départementales de Seine-et-Marne comporte une série de cartes. Les surfaces en eau sont également arpentées et représentées. La communication se propose d’explorer, pour cette entrée dans le XVIIIe siècle, les installations permettant d’alimenter en eau les étangs briards et de les maintenir en état d’exploitation. Du captage du cours d’eau à la chaussée qui contient l’étang, les usages de l’eau seront questionnés comme des « histoires d’eau » accompagnant l’arrivée des sciences et techniques des Lumières.
Hydraulique en milieu monastique : le cas de l'abbaye bénédictine de Gembloux (Belgique)
LACROIX Aurélien - Asiprant F.R.S.-FNRS, Université libre de Bruxelles (ULB)
L’abbaye bénédictine de Gembloux (N.-O. de Namur, Belgique) fut une actrice importante de l’aménagement de son domaine, notamment en matière d’hydraulique. Elle jouit d’un contexte favorable dès sa fondation au Xe s. D’une part, elle obtint une certaine autonomie vis-à-vis des autorités épiscopale et comtale, avec le droit de fortifier le monastère. D’autre part, elle profita d’un cadre naturel riche en eau. Elle s’implanta au sommet d’un éperon rocheux qui surplombe l’Orneau. Elle s’équipa d’étangs, de moulins et aménagea un fossé le long des remparts du bourg, afin de s’assurer une protection et un approvisionnement en farine et en ressources halieutiques. Sous le monastère, les vestiges d’un réseau d’évacuation d’eau sont conservés. Il est relié en amont à une salle médiévale souterraine et débouche au flanc de l’éperon. Entre force motrice, réserve halieutique et moyen défensif, l’eau a répondu à de nombreux usages à Gembloux. Une gestion rigoureuse a ainsi dû être mise en place.
Captation, aménagements, usages de l’eau à l’abbaye cistercienne de Preuilly : originalité et enjeux (XIIe-XVIe s.)
FLAMBARD HÉRICHER Anne-Marie - CTHS, Université de Rouen
BLARY François - CTHS, ULB
Les études archéologiques et historiques menées depuis quelques années sur l'ensemble du domaine de l’abbaye cistercienne de Preuilly, quatrième fille de l'abbaye de Cîteaux, fondée dès 1116, et sur son environnement permettent progressivement de reconstituer l'essentiel du réseau hydraulique. Outre le refaçonnage du ru, intégrant des aménagements de chaussées, de viviers et de moulins implantés sur son cours, les moines blancs ont mis en œuvre un réseau complexe d’approvisionnement en eau débutant par de nombreux captages. Un vaste réseau souterrain de grande ampleur a été retrouvé, investigué et intégralement relevé avec l’aide de technologies de dernière génération. Son étude révèle ses nombreux usages et permet, au-delà de l’eau qu’il distribue, de prendre conscience de la maîtrise technique qu’il suppose et de reconstituer l’ensemble de l’organisation structurelle de ce monastère médiéval en tenant compte de tous ses aspects spirituel et temporel du XIIe au XVIe siècle.
L’aqueduc de Saint-Denis, un exemple de la transmission des techniques antiques à l’époque carolingienne
EL HAIBE Georges - Responsable de recherche archéologique, Inrap, Institut National de Recherches Archéologiques Préventives
FAFIN Manon - Archéologue responsable d'opérations
TULET Clément - Unité d'Archéologie de la ville de Saint-Denis
WYSS Michaëls - Archéologue Responsable d'opération à l'Unité d'archéologie de la ville de Saint-Denis
L’aqueduc découvert en fouille au nord de la basilique cathédrale de Saint-Denis compte parmi les réalisations les plus étonnantes de l’ingénierie hydraulique carolingienne. Entre 1977 et 1992, l’Unité d’archéologie de la Ville de Saint-Denis (UASD) a pu étudier cette amenée d’eau sur un linéaire de 240 m. Très récemment, une fouille menée par l’Institut national de Recherches archéologiques préventives (Inrap) et l’UASD a permis de mettre au jour la probable terminaison de ce système hydraulique. Il consiste en un conduit enterré, entrecoupé de quatre bassins ou réservoirs d’eau auxquels on accédait par des escaliers. L’ouvrage qui a nécessité l’acheminement de près de 10 000 dalles de pierres, depuis Carrières-sur-Seine, témoigne d’un investissement important en rapport avec le statut d’un site résidentiel tel que le Saint-Denis des premiers Carolingiens. Bien que rapidement abandonnée en raison d’un dysfonctionnement, cette amenée d’eau demeure un exemple de la transmission des techniques de construction des aqueducs souterrains romains.
Le Croult à Saint-Denis, ou la part de l’initiative individuelle dans un équipement collectif
WYSS Michaëls - Unité d'archéologie de Saint-Denis
En captant par un canal une partie des eaux d’un affluent de la Seine, les moines de Saint-Denis ont créé une amenée d’eau, le Croult, qui devait en premier lieu améliorer leur vie quotidienne. De fait ils ont doté le site de Saint-Denis d’une infrastructure qui s’avèrera décisive pour le développement du bourg monastique. Le canal est cité pour la première fois en 832 avec mention de la corvée annuelle de son curage, travail obligatoire qui restera une préoccupation majeure de ses riverains et utilisateurs jusqu’au XXe siècle. Les recherches de l’Unité d’archéologie de Saint-Denis ont porté sur plusieurs tronçons de son tracé urbain. Dès le XIe siècle, le Croult est endigué avec des palissades en clayonnages et au XIIIe siècle les berges maçonnées se généralisent. Tous ces aménagements se présentaient sous la forme de tronçons juxtaposés selon des rythmes et des factures distinctes d’une rive à l’autre. Cette disparité semble correspondre à un ouvrage dont la construction et l’entretien ont également dû relever de responsabilités individuelles.