L’exposition est issue d’une immersion au long cours dans une carrière de marbre à Naxos. Archipel de pierre se construit au contact direct des carriers et des archéologues. Dans les pièces, les…
Archipel de pierre, une exposition d’art contemporain, est présentée dans les jardins de l’École française d’Athènes, exceptionnellement ouverts au public.
Le projet est né d’une immersion de plusieurs années dans une carrière de marbre sur l’île de Naxos. Il met en dialogue le monde ouvrier de la carrière, les gestes liés à l’extraction du marbre et la naissance des formes antiques. Cette recherche, engagée avec les carriers, les habitant·es et les archéologues, se déploie entre la carrière, le site archéologique de Délos et plusieurs institutions : le Musée archéologique national d’Athènes, le Musée d’art cycladique et le Louvre. Elle trouve également son origine dans une première recherche menée en Égypte, notamment à Abou Simbel, Assouan et Karnak.
Les gestes techniques des ouvriers et des artisans, les outils, la poussière, les pigments et les tensions physiques liées au travail du marbre deviennent des éléments actifs de la recherche. En créant des frictions entre extraction et archéologie, le projet interroge la provenance matérielle des formes antiques, ainsi que les gestes et les corps liés à leur apparition.
Les œuvres font entrer, dans un lieu habituellement consacré à la recherche archéologique et à l’étude des antiquités, les gestes, les savoir-faire et les corps de ceux qui extraient et travaillent la matière. Les images s’inscrivent sur le marbre naxien ou sur les outils de la carrière eux-mêmes. Taillées dans le bloc, les formes conservent leurs rebords naturels et la matière brute de la pierre, où l’image et le marbre translucide cohabitent. Les lignes irrégulières de la pierre déterminent le format de l’image, comme une coupe géologique.
Dans le prolongement de cette recherche, Elsa Mazeau a proposé et organisé à l’Institut français d’Athènes la table ronde Une restauration du présent, réunissant notamment l’archéologue Jean-Paul Demoule. Ce dialogue confronte différents savoirs et pratiques autour du geste restaurateur, en faisant place aux savoirs pratiques, aux récits locaux et aux expériences incarnées. La restauration y est envisagée non seulement comme un acte technique ou patrimonial, mais comme un processus collectif, traversé par des dimensions sensibles, artistiques, sociales, politiques, écologiques et relationnelles.
« Elsa Mazeau aborde l’archéologie comme moyen de réhabiliter le vivant par une relation physique, à la prise de vue et à la physicalité des œuvres. »
Jean-Paul Demoule