Le bonbon piment cache bien son jeu. Sous l’apparence inoffensive du beignet, l’amuse-bouche réunionnais cache des épices susceptibles de remettre les idées en place. Chez Bonbon Vodou, c’est pareil. Alors que les influences du duo chaloupent entre océan Indien et mer Méditerranée, le piquant perce sous la tendresse des chansons graciles souvent bercées au rythme du maloya. Ce contraste forme l’épaisseur de son troisième album, Épopée métèque, qui nous conduit sur les routes de l’exil, qu’elles soient terrestres ou maritimes.
Oriane Lacaille est la fille de l’accordéoniste René Lacaille, artisan du renouveau de la musique réunionnaise dans les années 1970, installé en métropole depuis cinq décennies ; tandis que le père de JereM Boucris, de famille juive tunisienne, avait 14 ans quand il a rallié la France à la fin
du protectorat. Leurs vies sont tissées de ces exils paternels, dont ils ne cessent de démêler les imbrications intimes, et des autres exils, universels ceux-là, des migrant.e.s fuyant la misère, les persécutions et les guerres.