Droit, santé, environnement. Dégradation de l’environnement et santé humaine : enjeux éthiques et juridiques
Ce colloque aura lieu le 10 avril 2026 à la Faculté de droit et de science politique de Rennes.

Ce colloque est organisé et soutenu par l'IDPSP et IODE dans le cadre des états généraux de la bioéthique.
Renseignements et inscriptions : Droit, santé, environnement : enjeux et perspectives - EREB (Espace de réflexion éthique de Bretagne)
Programme
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Présentation
La dégradation de l’environnement – changement climatique, effondrement de la biodiversité, pollutions – constitue aujourd’hui l’un des déterminants majeurs de la santé humaine. Ces transformations profondes affectent directement les conditions de vie, modifient les équilibres écologiques et accroissent l’exposition des populations à des risques multiples et combinés.
L’approche dite One Health, portée notamment par l’Organisation mondiale de la santé, rappelle l’interdépendance étroite entre santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes. Elle invite à dépasser les logiques sectorielles pour adopter une vision systémique des vulnérabilités environnementales contemporaines. La multiplication des crises sanitaires et environnementales démontre que l’altération des milieux naturels favorise l’émergence de nouveaux risques, qu’il s’agisse de maladies infectieuses, de pathologies liées aux pollutions ou de conséquences sanitaires du dérèglement climatique. Le droit et la médecine sont ainsi confrontés à la nécessité d’intégrer cette approche globale, en articulant prévention, précaution, responsabilité et solidarité.
La dégradation environnementale accentue de surcroît les inégalités sociales et territoriales. La question n’est plus seulement celle de la protection de la nature, mais celle des conditions mêmes d’une vie bonne. Il s’agit ici d’interroger les exigences de justice en matière d’environnement avec l’exigence éthique de protection effective des plus vulnérables, et de consacrer pleinement le droit de chacun à évoluer dans un environnement sain.
Les travailleurs exposés à des risques environnementaux, notamment les agriculteurs, illustrent concrètement ces tensions. L’exposition chronique aux pesticides et à d’autres substances chimiques soulève des problématiques complexes de reconnaissance des maladies professionnelles, de preuve du lien de causalité et de réparation des préjudices. Face à ces risques diffus et multifactoriels, les cadres juridiques traditionnels sont-ils suffisants ? Ces constats invitent à questionner la responsabilité des acteurs publics et privés, ainsi que la capacité du droit et du système de santé à anticiper plutôt qu’à réparer. La question des pesticides cristallise ces enjeux, tant du point de vue de la protection des travailleurs que de celle des riverains lors des opérations d’épandage, et témoignent des arbitrages délicats que la société doit opérer. Parallèlement, la régulation des espèces exotiques envahissantes, favorisées par la mondialisation des échanges et les modifications climatiques, révèle l’imbrication des problématiques écologiques et sanitaires, ainsi que la nécessité d’une gouvernance coordonnée.
L’augmentation des épisodes de chaleur extrême, la dégradation de la qualité de l’air, la modification de la répartition des maladies vectorielles ou encore les tensions sur les ressources alimentaires et hydriques affectent directement la santé humaine. Ces effets sont socialement différenciés et renforcent les inégalités existantes, posant la question d’une véritable justice climatique et sanitaire. La qualité de l’eau illustre particulièrement cette convergence : pollutions industrielles, nitrates, résidus médicamenteux ou microplastiques soulèvent des enjeux de surveillance, de transparence et de responsabilité, tout en rappelant que l’accès à une eau potable sûre demeure un déterminant fondamental de santé publique.
La transition écologique concerne également le système de santé lui-même. Les établissements hospitaliers, bien qu’acteurs centraux de la protection sanitaire, participent eux-mêmes aux émissions de gaz à effet de serre et à la production de déchets polluants. La décarbonation de l’hôpital et la gestion durable des ressources constituent là aussi des enjeux éthiques. Il s’agit en effet d’assurer la cohérence entre les missions de soin et d’accompagnement, et la responsabilité environnementale des institutions de santé.
À travers l’ensemble de ces problématiques, il s’agira d’interroger la capacité collective à appréhender ces risques systémiques, diffus et interdépendants, mais également de penser le cadre éthique et juridique permettant de répondre aux vulnérabilités environnementales contemporaines.