Rencontre avec Marlène Benquet autour de "La Finance aux Extrêmes"
Rencontre avec Marlène Benquet autour de "La Finance aux Extrêmes" (la Découverte)
Mittwoch 18 Februar, 19:00

Mercredi 18 février on accueillera Marlène Benquet, pour la sortie de son dernier livre "La finance aux extrêmes" . L'occasion de se plonger dans le monde des edge funds, private equity et autres fonds spéculatif pour comprendre comment et pourquoi la finance et la tech se rallient de plus en plus massivement à l'extrême droite.
" Dans un rapport adressé à la troisième internationale en 1935, Georgi Dimitrov avançait que le fascisme constituait “la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier”. Tout le monde n’est bien-sûr pas obligé de se rallier aux définitions d’un stalinien mais l’idée que le fascisme représente une tentative d’enrayer par tous les moyens “la chute des profits d’un capitalisme privé devenu parasitaire”, pour citer Daniel Guérin, n’en a pas moins fait florès, au point de s’imposer comme lieu commun.
Si ce n’est pas faux, ça demande à être affiné. Quelles fractions de classe se rallient aux mouvements fascistes, à quel moment et pourquoi? Par quels intérêts matériels sont-elles portées et dans quelles formes de subjectivités se moulent-elles? C’est heureusement l’objectif que s’est donné Marlène Benquet dans son dernier livre: “La presse explique parfois ces ralliements par les convictions personnelles de ces acteurs patronaux, leurs allégeances religieuses, leurs croyances transhumanistes ou leur fascination pour les outrances de Donald Trump ou les succès entrepreneuriaux d’Elon Musk. La voie que nous suivons ici consiste au contraire à rechercher les intérêts matériels qui expliquent la position prise par certaines fractions patronales”.
Elle relève ainsi la constitution d’un nouveau pôle d’accumulation capitalistique au cours des dernières décennies, une “seconde finance”, composée de firmes de gestion, qui s’est placée en intermédiaire incontournable de la circulation des capitaux, en ponctionnant au passage une part toujours grandissante. Contrairement à leur aînés, ceux-ci ne se reconnaissent plus dans le néolibéralisme et oeuvreraient à l’advenue d’un monde économiquement libertarien, et politiquement autoritaire.
Articulant approche ethnologique, travail d’archive et entretiens, Marlène Benquet donne ainsi à voir comment leur besoin de transformer toujours plus d’aspects de nos vies en actifs spéculatifs les amène logiquement à soutenir les mouvements les plus autoritaires. Au-delà du travail de recherche plus que conséquent qu’il s’agit de saluer, son livre prémunit contre une individualisation dommageable des débats. Qu’importe que Bolloré ou Stérin portent aujourd’hui le masque de la réaction, ce sont des pans entiers du capital qui se sont radicalisés et qu’il nous faut abattre."