"La dernière nuit du monde & Ubu Roi" - Théâtre par Les Tréteaux du Riveau
Le pouvoir et le profit ; la violence et la mort ; la farce et la tragédie, au coeur de notre époque
Aménagements à l'accessibilité
Handicap moteur

Sophie Guy
La tragédie et la farce au coeur de l’Humanité
L’Humanité peut-elle vivre dans la joie et la liberté en supprimant le sommeil et les rêves, en s’affranchissant de l’alternance du jour et de la nuit, en produisant sans fin et sans repos une abondance qui ne serait pas leurre ?
Ou l’heure de l’Humanité a-t-elle sonné dans le « Merdre ! » initial du Père Ubu renversé en phase terminale d’un temps où les efforts pour être humain auraient touché le fond, à l’image de la cruauté imbécile et vorace parcourant aujourd’hui le monde ?
Dans ce spectacle ‒ La dernière nuit du monde & Ubu Roi ‒ tout ne finit pas par des chansons. Les chansons, elles, font le lien entre les deux pièces, celle de Laurent Gaudé et celle d’Alfred Jarry, comme des cordages de beauté et d’espoir en la force du théâtre, lieu d’excellence pour la purification des passions humaines, si sombres et si lumineuses.
Philippe Pineau
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« ... La politique culturelle doit se réinvestir dans la culture située dans les réseaux de sociabilité, cette culture du quotidien qui permet aux gens de se rencontrer, d'échanger, de délibérer. Je vais faire un parallèle avec la récente étude faisant le lien entre la disparition des bars-tabacs et la montée du RN. Il y est expliqué que le bar est parfois le seul lieu de sociabilité dans un village, le seul lieu de confrontation avec l'altérité. Or, juste à côté, on pourrait trouver un lieu culturel : une bibliothèque, un cours de musique... Aujourd'hui, il n'y a pas d'ambition nationale sur les pratiques artistiques amateurs, dont l'effondrement est pourtant attesté par les dernières études du ministère. La fin d'une fanfare a autant de conséquences que la fermeture d'un bar-tabac. Dans l'économie symbolique du ministère de la Culture, ces pratiques ont peu de poids. Pourtant, elles ont un rôle social et politique majeur. Je serais injuste si je ne mentionnais pas le plan en faveur des fanfares lancé en 2021, mais son budget était bien trop insuffisant. J'aspire à une France qui retrouverait autant de bars-tabacs que de fanfares, de chorales, de petites compagnies de théâtre... »
Victorien Bornéat
LE PROJET
Pourquoi monter en même temps La dernière nuit du monde et Ubu Roi ?
L'art du contrepoint ? Peut-être.
Car la farce féroce issue d'une vengeance de potache semble, à première vue, s'opposer en tous points au drame sociétal et sentimental contemporain.
Mais, à y regarder de plus près, ces deux pièces dénoncent la soif de pouvoir et de profit de certains acteurs politiques. Acteurs ? Actrices, plutôt.
Car l'ombre de Lady Macbeth plane sur les deux oeuvres.
De même qu'elle incite son mari au meurtre du souverain légitime pour s'emparer de la couronne, Vania Van De Root et la mère Ubu se servent des hommes comme de « petites mains » pour assouvir leurs ambitions.
Mais ces mains sont bientôt couvertes de sang et les couronnes deviennent couronnes d'épines.
Car la violence et la mort hantent ces deux oeuvres.
Mort lente et sournoise (chez Gaudé) qui résulte de la rupture sacrilège des grands équilibres du jour et de la nuit, de la veille et du sommeil, du silence et du bruit.
Mort subite et expéditive (chez Jarry) qui abolit la séparation des pouvoirs ‒ exécutif, législatif et judiciaire ‒ fragile rempart contre la dictature.
Pourtant, ces deux oeuvres consacrent la défaite des forces d'entropie et laissent espérer le retour à un ordre plus juste.
Entre les deux, le temps de reprendre notre souffle, laissons « la chance aux chansons » !
Élisabeth Grandet
Pouvoir ; profit ; violence ; mort ; nuit ; jour ; farce ; tragédie ; miroir de l'époque