La nouvelle exposition biannuelle consacrée à la collection Simonow, installée dans les murs du Centre patrimonial départemental de Flaran, évoque le joli thème des EAUX, dormantes ou furieuses …
HISTOIRES D’EAUX, dans la collection Simonow
(Beaux-Arts, XVIIe-XXIe siècles)
Du 1er Février 2026 au 9 janvier 2028
Depuis plus de vingt ans, la présentation thématique de la collection de Michael Simonow constitue l’un des moments attendus de la saison culturelle gersoise. L’abbaye de Flaran, cœur battant de notre politique patrimoniale, s’honore d’accueillir à nouveau un ensemble exceptionnel d’œuvres, qui irrigue le territoire gascon bien au-delà de ses frontières.
L’édition 2026-2028, intitulée Histoires d’Eaux, propose une trentaine de toiles majeures du XVIIᵉ au XXIᵉ siècle, signées notamment de Ziem, Courbet, Monet, Boudin ou Ruszkowski. Une traversée picturale au fil des mers, des rivières, des fleuves et des lacs, où se reflètent les variations infinies de la lumière et du climat.
Plus qu’un thème poétique, l’eau s’impose aujourd’hui comme un sujet d’actualité brûlante. Elle nous interroge sur la fragilité des équilibres naturels et sur les défis posés par le changement climatique, dont nous percevons les effets jusque sur nos terres gersoises. L’art, ici, nous invite à regarder autrement ce bien commun précieux, vital et universel.
Cette exposition illustre une fois encore la générosité et la vision de Michael Simonow. Par sa richesse et sa diversité, cet ensemble propulse désormais l’abbaye de Flaran au rang des grands musées de région, digne des plus belles collections nationales.
Que cet hommage à l’eau, dans toutes ses dimensions esthétiques et symboliques, soit aussi un hommage à la culture : essentielle, partagée et accessible à toutes et à tous.
Nous vous souhaitons une agréable visite…
Un catalogue accompagne cette exposition.
Exposition conçue et coordonnée par la Conservation Départementale du Patrimoine et des Musées/Flaran.
Plus de précisions :
Comme lors des manifestations précédentes, ces représentations plongent dans l’origine des sociétés humaines, fascinées par la dualité de cet élément tout à la fois source de vie jaillissante et d’amour (1)…ou de mort atroce ! (2). Impalpable, réfléchissante, indomptée et hostile, sur les océans comme sur terre, peuplée de créatures monstrueuses (dragons, kraken ou sirènes …), l’eau est porteuse de mythes innombrables depuis des temps immémoriaux. L’accès à ce nouveau continent, entrouvert au milieu du XIXe (3), ne s’ouvrira qu’avec la conception du scaphandre autonome (4)… un centenaire après la préscience d’un Jules Verne. (5)
Elément fondateur de la cosmologie des religions polythéistes ou animistes sur tous les continents (6), puis du contrat passé avec le dieu monothéiste, l’eau garantit des ressources « inépuisables » pour la vie des populations où l’homme a droit de vie et de mort sur toutes les créatures terrestres et marines.
Condition de l’évolution des sociétés humaines grâce aux navigations aux longs cours depuis le Paléolithique, la mer est le fondement des échanges commerciaux des empires antiques puis médiévaux. Accompagnant la Révolution industrielle, elle est surtout le vecteur d’expansion de la puissance maritime des empires du XIXe, inspirant par ailleurs d’incroyables innovations techniques dans la navigation, la construction, la propulsion ou les sources d’énergies (de la rame au pétrole)… avec leur corollaire dans les systèmes de destruction, affirmation d’une volonté hégémonique mondiale.
Dans ce contexte et dès les origines, l’Art suscite une iconographie abondante attachée aux exploits des dieux et des héros, aux scènes religieuses tirées de la Bible puis à l’expression d’un monde nouveau à partir de la Renaissance (7). Avec la montée des puissances est privilégiée la peinture réaliste de l’histoire navale, des combats sur mer, reflet de la main mise et du négoce des marchands ou états, ou, dans son versant tragique, des naufrages, prétexte au défi pictural du mouvement et des transparences de l’élément liquide.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’influence des voyages (8) participe d’une vision romantique (9) avant, au XIXe la découverte de pays fascinants culminant avec l’Orientalisme, comme celle d’une mythologie plus noire, voire sanglante, à travers les exploits fantasmés des pirates.
Facilité par le chemin de fer et précédant l’engouement sociétal pour les bords de mer avec le tourisme de masse, le déplacement des artistes vers les côtes traduit leur fascination de la lumière et de la vérité de la Nature, et la puissance des paysages maritimes (10) parallèlement à l’ouverture vers le Japon (Hokusai)… l’une des premières photographie saisit ainsi le mouvement de rouleau de la vague qui se brise (11) tandis que Baudelaire stigmatise à travers l’Albatros, toute la vacuité de la condition humaine… que les exploits des marins d’aujourd’hui, sur un milieu dégradé, peinent à faire oublier.
Comme les précédentes, cette manifestation offre à notre délectation plus d’une trentaine d’œuvres, sur une chronologie longue (XVIIe-XXe siècles), pour certaines nouvellement intégrées à la collection Simonow, à travers une présentation originale en Occitanie.
Michel Hue
Directeur de la Conservation Départementale du Patrimoine et des Musées/Abbaye de Flaran, Conservateur départemental du Gers (de 1995 à 2025).
NOTES
1. Aphrodite/Vénus «qui sort de l’écume de la mer» est issue de la semence d’Ouranos le dieu primordial ; c’est le royaume de Poséidon, tout à fois dieu des mers et ébranleur des terres pour les Grecs.
2. Homère, l’Odyssée ; les mythes du Déluge purificateur, les cités ou continents engloutis, Jonas ou le Léviathan démoniaque ; la tragédie de la Méduse (1816) ; celle du Titanic (1902).
3. Jules Michelet (1861) La Mer, à la suite de l’édition en 1859 de l’Origine des espèces par le moyen de la sélection naturelle de Charles Darwin.
4. Cousteau-Gagnan, 1943 ; des plongeurs sont décrits dès le XVe siècle ; le bathyscaphe d’Auguste Piccard plonge pour la première fois en 1948 au large de Dakar.
5. Jules Verne Vingt Mille lieues sous les mers (1869) (scaphandre et sous-marin).
6. Principe premier, océan primordial, eau jaillissante source de vie d’où nait le ciel et la terre puis l’humanité (Egypte, Sumer, IIIe millénaire, paradis terrestre) puis reflet de la puissance royale conférée par les dieux … jusqu’à l’édification des palais islamiques (XIIIe-XVe siècles).
7. par ex. Pieter Bruegel l’Ancien, la chute d’Icare (c. 1558), saisissante vue plongeante d’un paysage maritime.
8. « Grand Tour », voyage d’initiation en Grèce et Italie effectué par des jeunes gens des classes aisées de la société européenne puis par les artistes et collectionneurs au XIXe.
9. Caspar David Friedrich En bateau (1818-1819) ; Wagner Le vaisseau fantôme (1843).
10. A la suite d’ Huet et d’Isabey, Courbet, Boudin, Jongkind, Ziem, Loti, Mallarmé…
11. Le Gray, la grande vague (1857) ; Baudelaire, Les Fleurs du mal (1861).