JOURNEES EUROPENNES DU PATRIMOINE - Le château féodal de Cinq-Mars domine la Loire avec ses tours et ses douves, noyées dans un parc du 19è.

Antérieur au XIè siècle, plongez dans le passé auprès de Richelieu, Louis XIII et du jeune Marquis de Cinq-Mars avant qu’il ne se compromette dans un complot qui lui coûta la vie.

Le château de Cinq-Mars
Entre généalogie, construction et restauration

La forteresse féodale de Cinq-Mars domine sur le coteau nord de la Loire entre Tours et Langeais, élevée semble-t-il sur l'emplacement d'un castellum romain.
Le plus ancien Seigneur connu, Hardouin dit le laïc, est mentionné en 970. Son fils Eude achète l’église et y institue deux chanoines. Sa femme devenue veuve fonde une chapelle dédiée à Ste Marie munie d’une pièce voûtée de pierre et fait don à l’église de trois arpents de vigne sur la colline au dessus et trois arpents de terre à Chemilly. Son fils Geoffroy de Saint Médard (+1070) augmente le nombre des chanoines et remet cette collégiale à l’Abbaye Saint Julien de Tours.

Le fils cadet de Geoffroy, Eude II moine à Saint Julien mourut en Terre Sainte en 1102. André de Saint Médard II son petit fils, donna au chapitre de Saint Martin avant de partir en croisade certains droits qu’il possédait sur la terre de la Pile. Il mourut en Terre sainte en 1210. Barthélemy de Saint Médard, fils de ce dernier, eut le mérite de faire la paix avec les moines qui avaient été installés par ses aieux.

  • Dans ces époques reculées il est probable que la forteresse, dite imprenable, bien défendue par une première enceinte percée d'une grande porte en arc et d'une muraille en forme d'éperon, joua son rôle dans les luttes entres les comtes de Blois, de Tours et d'Anjou. La famille de Saint Médard fit allégeance aux premiers d’abord puis aux seconds.

Raoul du Verger dont on ignore les liens avec la famille précédente devient Seigneur de Saint Mars en 1232. Sa petite fille Eustache hérita du titre, elle dut malgré elle rendre hommage à Pierre de la Brosse, Seigneur de Langeais, et non au Roi Philippe comme elle le prétendait.

Vers 1285 le Baron Barthélemy de l'Ile Bouchard, Chevalier, devient Seigneur de Saint Mars Son fils lui succède. Puis sa fille Jeanne épouse Bouabes de Rougé lui apportant en dot le domaine. Celui-ci sera fait prisonnier en 1356 à la bataille de Poitiers. La famille Rougé règne sur Saint Mars jusqu'en 1415. Par mariage à nouveau, c’est la famille Châteaugiron de Malestroit qui acquiert la terre de Saint Mars pendant 3 générations jusqu’en 1474.

  • On ne sait pas avec certitude qui a reconstruit le château féodal, si ce n’est une citation dans un document sur la famille Saint Médard qui pourrait laisser croire que cette première famille connue en est l’auteur ou peut-être l’initiateur. Le château comptait probablement 4 tours dont on découvre aujourd’hui, suivant le chemin de la visite, d’abord la tour Est de moellon de silex qui comprend deux salles voûtées sur huit branches d’ogive, un escalier en colimaçon plus tardif permettant d’accéder à la terrasse. Ensuite la tour Sud-Est que certains spécialistes datent d’environ 1230. Elle commence en silex et se poursuit en pierre de tuffeau de section carrée puis rectangulaire dès que l’on a su tailler les pierres de cette dimension. Enfin, proche du pont, le donjon dont on aperçoit la base imposante en silex d’une section supérieure à celles des tours, date de la fin du XIIè, et a été transformé en glacière au XVIIè. La 4è tour n’a pas été repérée de nos jours et certains doutent qu’elle ait jamais existée malgré les plans cadastraux qui la mentionnent...

En 1474, Louis de la Trémoille reçoit la terre de Saint Mars en échange de la Seigneurie de Fougeray en Bretagne. Son fils Louis II lui succède mais meurt à la bataille de Pavie en 1524 ; puis sa fille Antoinette reçoit la terre en dot. Il est permis de penser que ce sont les La Trémoille qui entreprirent de se lancer dans un travail considérable pour reparementer les douves en pierres de tuffau, considérable au regard à la surface du fortin défensif qu’elles encerclent, et cela à une époque devenue paisible et sans affrontement, considérable par leur taille, 8 à 10 m de profondeur, et 13,50 m de largeur.

Le domaine est vendu en 1573 à Mathurin de Broc et reste dans cette famille durant trois générations.

En 1630 la baronnie de Saint Mars est achetée par Martin Ruzé, Baron de Saint Mars, sans enfant, et passe dans les mains de son neveu, Antoine Coiffier, Marquis d’Effiat, Baron de Saint Mars, de Massy, de Langeais et de Longjumeau, Maréchal de France… à condition que ce dernier prennent son nom et ses armes. Après son décès prématuré en 1632, son fils cadet Henri, devient Marquis de Cinq-Mars par la volonté de Richelieu afin qu’il puisse avoir une charge à la cours et subvenir aux besoins de la famille. Ce jeune homme intelligent et ambitieux se rebelle contre Richelieu et rejoint le complot de Gaston d’Orléans, frère du Roi. Ce qui lui vaut d’être exécuté pour crime de haute trahison à l’âge de 22 ans en 1642.

  • La plus ancienne représentation intitulée « château de St Mars » est une aquarelle de Gaignière datée de 1699, soit plus de 50 ans après la décapitation du Marquis de Cinq-Mars. On y reconnaît les deux tours principales dans toute leur majesté. Or il est fréquent de lire dans les documents touristiques notamment que le château à été rasé « à hauteur d’infamie », selon la méthode chère à Richelieu. Ce dessin est un démenti, confirmé par d’autres documents attestant l’existence des tours en 1737. Il s’agirait donc d’une légende entretenue au XIXè, dans cette période romantique qui a vu paraître en 1826 le livre Cinq-Mars d’Alfred de Vigne. Dans le même esprit Delacroix, qui connaissait Vigny fait un lavis du château de Cinq-Mars plein de nostalgie.

La famille Ruzé d’Effiat resta propriétaire de la terre de Cinq-Mars redevenue Baronnie, jusqu’au 10 novembre 1768, date de l’achat du domaine par Choiseul, lequel l’échangea immédiatement avec Marie Charles Louis d’Albert, Duc de Luynes, le 15 novembre 1768.

  • Si donc les tours gardent encore un certain mystère entretenu par la légende et le manque d’information, par contre on en sait un peu plus sur les travaux entrepris par le Duc de Luynes. Il fit dessiner un parcellaire en 1772 qui mentionne bien 4 tours marquant les coins d’une construction rectangulaire qui a disparu. C’est lui qui transforma le pont levis en bois en un pont de pierre à trois arches qui relie le château fort « la Haute cour » à la « Basse cour », c’est à dire les Communs. Enfin il rendit à ce modeste bâtiment une architecture harmonieuse par la construction d’une tourelle au Sud-ouest symétrique de la tourelle à l’Est qui, elle, date du XVè siècle.

Depuis cette époque, cinq familles ont acquis le Château de Cinq-Mars : Charles Moisant puis sa fille Boisseau, en 1797, M. et Mme Mathieu Maucler en 1845, M. et Mme Louis Bussienne en 1856, Théobald Arthur Genty en 1877, M. et Mme Nicolas Untersteller depuis 1957.

  • Le XIXè connaît des transformations importantes dans ce qui n’est déjà presque plus une basse cour. En effet deux des trois bâtiments agencés en U ouvrant sur les douves sont détruits : la maison de maître sur deux étages dont une ou deux cheminées seront transportées dans le bâtiment conservé, et des locaux agricoles.

Cette dernière destruction attire notre attention car elle est le fait de Louis Bussienne, propriétaire au château entre 1856 et 1877. Des recherches nous apprennent qu’il fut le premier Jardinier en Chef du Jardin Botanique de Tours pendant 10 ans jusqu’à l’ouverture au Public en 1953. Peut-être lassé par sa condition de salarié et désireux d’indépendance -il signe les actes de naissance de ses enfants « Entrepreneur en plantations »- il démissionne et saisi une opportunité extraordinaire d’habiter un château très endetté du fait du propriétaire précédent, et ce moyennant une somme modeste dont il paye les intérêts chaque année au mois de novembre.

  • Le bâtiment restant, peut-être d’anciennes écuries, sera définitivement restauré en habitation par surélévation d’un étage aux extrémités (date incertaine), par le déplacement du porche, puis sa réouverture en 1957 pour faire place à une large baie vitrée ouvrant sur le parc, et par des aménagements intérieurs obéissant au besoin d’une cimaise dans ce qui est devenu l’atelier des peintres de la famille de l’actuel propriétaire.

Mais revenons à Bussienne. Au bout de quelques années il doit emprunter pour honorer ses engagements annuels, finalement le château est saisi et vendu aux enchères en 1877. Fils d’un horticulteur de Metz, beau-frère par sa sœur mariée à Louis Madelain qui lui succédera au Jardin Botanique, incité à suivre les cours du professeur de Botanique, parfaitement formé à sa fonction, il expose, fait des recherches, intervient dans des congrès, et vit une époque étonnante avec l’apparition des jardins à l’Anglaise en opposition aux jardins à la Française des siècles précédant. C’est ainsi que, croyons-nous, Bussienne créa au château un parc ! En témoigne la destruction des locaux agricoles en mauvais état, la répartition des pierres le long du coteau pour le renforcer, l’apport de terre pour créer une pelouse (attestée dans l’acte de vente) et enfin la plantation des espèces importées à l’époque : séquoias, if d’Irlande, cyprès de lawson, acer negundo sans oublier l’allée de caelo-caedrus qui continue le pont.

  • Ce parc romantique qui accompagne les constructions anciennes est une trace vivante du créateur indépendant et passionné que fut Bussienne. Il vécut vingt ans au château à organiser et entretenir ses plantations et encore vingt ans derrière la porte du château au bourg même de Cinq-Mars la pile où il mourut en 1896.

Les travaux qu’il entreprit ont profondément transformé l’atmosphère du domaine et permis que s’intègrent les monuments dans leur environnement prolifique et contrasté tour à tour désordonné et sauvage ou strictement ordonné et taillé à l’image des douves et de la juiverie.


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