Eva Koťátková, Mon corps n’est pas une île

Exposition dans la nef du Capc

Vue de l’exposition "Mon corps n’est pas un île" d’Eva Koťátková. Capc musée d’art contemporain de Bordeaux (11.02 - 29.05.2022). Photo : Arthur Péquin

En associant sculptures, objets, collages, costumes et textes dans de vastes installations ludiques, poétiques et colorées, le travail d’Eva Koťátková suggère l’emprise de l’environnement social sur nos vies personnelles. Cette emprise s’incarne dans son travail par des appareillages complexes qui contraignent le corps mais ont également la possibilité de le transformer. Inspiré par la poésie surréaliste, les mécanismes théâtraux, la psychanalyse et certaines formes d’éducations expérimentales, son travail développe un rapport étroit à la narration : une narration fragmentée, parsemée dans l’exposition tels des indices à déchiffrer ; une narration qui renvoie au rêve et à l’inconscient comme puissants vecteurs de force créatrice.

Mon corps n’est pas une île prolonge et amplifie les enjeux déjà présents dans le travail de l’artiste depuis plusieurs années. Spécifiquement conçu pour la nef du Capc, le projet prend la forme d’un corps gigantesque, mi-poisson, mi-humain, à la fois contenant et médiateur d’une myriade d’histoires, dont la mélopée entêtante sera audible dans tout l’espace. Tout à la fois corps à l’identité trouble et paysage dans lequel le visiteur pourra s’immiscer pour écouter ces histoires, ce corps fragmenté contient en son ventre un ensemble important de boites et de caisses d’où semblent vouloir s’échapper des créatures animales et humanoïdes. Des corps en fuite, en mouvement ou en transition, des corps qui ne veulent pas être nommés et qui échappent à toute catégorisation, des corps qui refusent de se taire, qui expriment librement leurs émotions et leurs rêves.

Le motif récurrent de la caisse renvoie de manière indirecte à l’histoire de l’Entrepôt Lainé, autrefois lieu de stockage de denrées coloniales, mais également à l’ambivalence de cet objet. La caisse symbolise à la fois la mobilité, la capacité à se déplacer d’un endroit à un autre, d’un état à un autre, mais aussi la norme, la codification, et notre désir de littéralement tout mettre en boite, comme pour conjurer notre peur du chaos. L’installation propose une plate-forme pleine d’empathie à ceux dont les voix, humaines, végétales ou animales, sont réduites au silence, dont la position est remise en cause et qui subissent l’étiquetage et la stigmatisation.

Tous les dimanches de 14h30 à 17h30 et pendant la durée de l’exposition, Mon corps n’est pas une île sera habitée et activée par des performeurs qui viendront partager ces différentes histoires avec le public, celle de l’enfant harcelé à l’école, celle du serpent qui fait sa mue, ou encore celle du buisson qu’on arrache à son environnement pour le planter dans le jardin d’une zone pavillonnaire. L’installation, en forme de plateforme de discussions et d’échanges, sera également le lieu d’un ensemble de rendez-vous avec des spécialistes – enbiologie sous-marine, éthologie ou philosophie – ou avec différentes associations de lutte pour la dignité des êtres. Toute l’installation semble portée par ce cri vital que pousse un des personnages : « Je rêve d’un corps qui aurait plusieurs peaux à sa disposition ».

Commissaire : Sandra Patron