Table ronde : QUAND LA PUISSANCE S’AFFRANCHIT DU DROIT
À observer de plus près les violences à l’œuvre, il apparaît que nous n’assistons pas à une « exception », mais à un basculement vers un monde dans lequel la force tend à primer sur le droit.

Nouvelles Rencontres d’Averroès
Table ronde
Quand la puissance s’affranchit du droit
Alors que les mots eux-mêmes semblent perdre leur sens commun, et que le droit international est appliqué de manière sélective, voire ouvertement ignoré, une nouvelle hiérarchie semble se dessiner, différenciant les victimes et les souverainetés. À chaque conflit ses règles, à chaque situation ses équilibres. À observer de plus près les violences à l’œuvre, il apparaît que nous n’assistons pas à une « exception », mais à un basculement vers un monde dans lequel la force tend à primer sur le droit. Pourtant, le langage juridique persiste : il sert désormais à légitimer des actions illégales ou à disqualifier celles et ceux qui rappellent les principes fondamentaux qui semblaient autrefois partagés, tandis que les instances censées les faire respecter peinent à se faire entendre. Pour les civils et autres spectateurs impuissants, cette voie juridique reste parfois la seule arme. Dans ce contexte, les populations civiles demeurent les premières victimes. L’usage de la force ne constitue plus un outil de négociation, mais une forme de domination visant à anéantir l’altérité. Face à cette perte de repères, plusieurs questions se posent : reste-t-il encore des règles communes ? Comment retrouver des capacités d’action et de contestation dans un monde où les cadres régulateurs s’effritent ? Comment continuer à se parler lorsque des principes autrefois partagés semblent désormais relatifs aux contextes et aux rapports de force ?
Avec Jérôme Heurtaux (politiste), Nadim Houry (avocat et chercheur libanais spécialisé en droit international, directeur de l’Arab Reform Initiative) et Sophie Bessis (historienne tunisienne)
Table ronde