PHOTOGRAPHIES JAPONAISES DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE FRANCE
Scènes, signes, sensations
Une exposition de la Bibliothèque nationale de France
Commissariat : Héloïse Conésa et Dominique Versavel, conservatrices en chef au département des Estampes et de la photographie, BnF
Dès la fin des années 1960, la Bibliothèque nationale de France s’est imposée comme l’une des premières institutions occidentales à s’intéresser à la photographie japonaise moderne et contemporaine. Forte déjà d’un remarquable ensemble d’estampes japonaises des XVIIe au XIXe siècles, elle a progressivement élaboré une collection photographique exceptionnelle.
Conservé au département des Estampes et de la photographie, ce fonds rassemble près de quatre mille tirages réalisés par quelques 200 artistes et reporters, ainsi qu’une centaine de revues et d’ouvrages emblématiques retraçant l’histoire de la photographie japonaise depuis 1945. Cet ensemble, parmi les plus importants du monde occidental, s’est constitué avec la complicité de photographes japonais installés en France dans la seconde moitié du XXe siècle et devenus les ambassadeurs de l’extraordinaire effervescence créative de leur archipel.
La grande exposition présentée à l’automne 2026 rassemblera une centaine d’auteurs et autrices désormais largement reconnus sur la scène internationale, mais aussi d’autres figures dont les démarches et les styles méritent d’être découverts.
Organisée dans le cadre des célébrations du bicentenaire de la naissance de la photographie, l’exposition retrace, à travers 300 œuvres — dont 250 tirages photographiques et une cinquantaine d’ouvrages rares issus des collections de la BnF — l’évolution de la pratique photographique au Japon, depuis 80 ans.
L’originalité de la collection photographique japonaise de la BnF réside également dans les grands axes thématiques et esthétiques qui la traversent. Tantôt ancrée dans le réel, à travers des reportages consacrés au monde rural, aux fêtes, aux rituels ou à l’expansion urbaine et économique, tantôt théâtrale, fantaisiste ou poétique, la photographie japonaise accorde une place essentielle aux sensations et aux atmosphères. Elle se déploie dans des œuvres alliant une remarquable simplicité de composition à une grande sophistication de tirage.
Parcours de l’exposition en six sections :
Reporter le réel
La photographie de reportage et son réalisme occupent une place prépondérante dans la production d’après-guerre, comme en témoignent les reportages d’Hiroshi Hamaya, les séries d’Hiromi Tsuchida ou encore celles de Yoko Yamamoto, contribuant à reconstruire un socle national commun où se mêlent résilience après le traumatisme nucléaire, intérêt pour les coutumes ancestrales et aspiration à la modernité.
Considérer l’ordinaire
Les oeuvres plus intimistes, notamment signées des auteurs du courant de la Konpora Shashin tels que Shigeo Gocho ou Tokuko Ushioda, produisent dans les années 1960-1980 les instantanés d’une expérience ordinaire. Par la composition, le cadrage ou du fait de rencontres inattendues, la banalité se teinte alors d’étrangeté.
Mettre les corps en scène
Les mises en scènes théâtralisées dues à Shoji Ueda, Eikō Hosoe et ses élèves ou encore Yuki Onodera et Mami Kiyoshi, dévoilent l’influence de l’univers très visuel des arts du spectacle traditionnels du Japon. Cette partie rassemble un grand nombre de recherches et d’expérimentations photographiques autour de la direction des corps.
Bonjour Paris !
De nombreux photographes japonais présents dans la collection de la BnF ont tourné leur regard vers Paris, comme Ihei Kimura, Yoshi Takata, Keiichi Tahara, Mamoru Sakamoto ou Jun Shiraoka, venus travailler voire vivre dans la capitale française. Ces points de vue, qui oscillent entre curiosité et fantasmes, recherche d’archétypes et de références connues, souci de saisir le particulier et rejet de tout exotisme, traduisent les allers-retours féconds entre les deux cultures.
Calligraphier le monde
La figure humaine laisse la place au règne des formes, influencé par l’art oriental de la calligraphie et un minimalisme associant, comme chez Shōmei Tōmatsu, Yasuhiro Ishimoto, Takehiko Nakafuji et jusqu’à Sayuri Ichida, la quête d’une épure et l’excellence des effets de contrastes.
Saisir l’impalpable
Se déploie dans cette partie un univers de sensations et d’atmosphères, des paysages ténébreux de Hiroto Fujimoto et Kazuo Amemiya aux portraits d’éléments saisis par Koichiro Kurita et Sayuki Inoue (le vent et les eaux). La recherche d’abstraction sensible, selon une approche artistique de la nature souvent imprégnée du bouddhisme zen, s’y traduit dans la matérialité des tirages et des ouvrages, entre velouté de nuances et éloge de l’ombre.