Sobering Galerie présente la première exposition personnelle d’Isidore Bishop-Sauve. À 25 ans, l’artiste affirme déjà un langage pictural très singulier, où une figuration intime et sensible rencontre une touche libre, directe et spontanée.
Pour ce nouveau corpus, Bishop-Sauve prend notamment pour point de départ le film The Go-Between (Le Messager, 1971). Il y retrouve des thèmes qui traversent profondément son travail : la perte de l’innocence, le passage à l’âge adulte, la masculinité, le désir d’intimité et la difficulté à se rendre pleinement accessible à l’autre.
Ses figures masculines ne sont jamais tout à fait des autoportraits. Elles agissent plutôt comme des doubles possibles, des projections à travers lesquelles l’artiste explore la construction de soi, le sentiment d’appartenance et cette tension permanente entre l’envie de se dévoiler et le réflexe de se protéger. Ses personnages semblent souvent surpris dans des moments intermédiaires : absorbés, rêveurs, vulnérables, parfois presque absents à eux-mêmes.
Cette fragilité des sujets contraste avec une peinture qui, elle, reste très vivante. Bishop-Sauve ne cherche pas à lisser l’image : sa touche demeure visible, mouvante, parfois presque esquissée. Les formes se construisent par aplats, gestes rapides, zones laissées plus ouvertes et variations de matière. Dans ses portraits comme dans ses scènes d’intérieur, cette liberté d’exécution introduit une immédiateté particulière, comme si l’image conservait quelque chose de son apparition.
La couleur joue elle aussi un rôle central. Inspirée notamment par les verts et les blancs de The Go-Between, la palette met les corps en tension avec leur environnement. La nature devient à la fois refuge, espace de projection et lieu de solitude ; la ville, elle, apparaît comme le territoire du désir de connexion, mais aussi de sa difficulté.
D’une toile à l’autre, les personnages semblent pourtant se répondre. Isolés dans leurs propres espaces, ils composent progressivement une sorte de communauté silencieuse. Ils s’approchent, se détournent, se cachent, s’exposent. Cette succession de gestes et de retraits donne à l’ensemble une dimension presque narrative, sans jamais imposer une histoire unique.
Pour ce premier solo show, Isidore Bishop-Sauve réunit ainsi un ensemble qui tient autant de l’autoportrait fragmenté que de l’observation d’une génération. Une peinture de l’entre-deux : entre proximité et distance, assurance et vulnérabilité, désir d’être vu et besoin de disparaître.