Conférence / talk - GALERIE MARIA LUND
Exposition personnelle - Maria Zahle
Dimanche 18 octobre, 16h00

La langueur est un état diffus de désir, d’aspiration, de quête, d’attente, voire de nostalgie. Elle n’est pas objet précis mais nous confronte à un sentiment d’inassouvi. L’art a toujours été riche en figures féminines qui se languissent, l’histoire de même. Passion consommatrice et créative, la langueur se développe comme un sentiment particulièrement féminin – en miroir du spleen : état de celles qui s’autorisent à sentir, ressentir ce manque, cette nostalgie irréparable.
L’exposition "Le mur vert bouteille", la première en France de la plasticienne danoise Maria Zahle, s’articule autour de cette langueur, dans un sens élargi du manque, du deuil et de la mélancolie. Son titre fait écho au mur qu’avait peint, dans un geste libérateur, la grand-mère de Maria Zahle dans sa maison au bord de la mer. Espace d’indépendance et de créativité, cette maison a aussi été l’écrin de solitudes, d’amours difficiles, d’hommes absents ou morts et de femmes qui se languissent. Aujourd’hui, la couleur verte se retrouve sous forme de fils fins dans la série de tissages "Længsel" (Langeur) : des tissages séparés par une bande horizontale en deux parties – l’une obscure et l’autre d’une lumière chaude – et portés dans l’espace par une suspension en bronze sculpté qui ancre et soutient. Ces compositions sont aussi un clin d’œil au schéma qu’avait présenté son enseignante de mythologie : en haut le mot « divinités » et en bas le mot « humains », et pointant du bas vers le haut une flèche avec le mot "Længsel", langueur.
Le mur vert bouteille fait alors communiquer histoires vécues, souvenirs et récits de femmes. Mais il vient également souligner l’importance de la couleur pour l’artiste : plus qu’un simple élément pictural, la couleur est pour elle un corps physique, une matière, un outil.
La pratique pluridisciplinaire de Maria Zahle inclut collage, textile, sculpture, performance et poésie. Depuis des années, elle crée elle-même ses teintures à partir de matières naturelles et de plantes qu’elle cultive : indigo, garance, lin, mignonette, noix, suie… Ainsi, sa palette délicate de bleus, roses, rouges, jaunes, verts et noirs est le fruit d’un processus long et complexe en lien avec la nature et l’histoire de l’humanité depuis les temps anciens. Car la couleur n’est pas seulement une forme de lumière que nous vénérons, mais également l’expression de notre relation avec l’environnement physique, désormais rompue par l’avènement des couleurs synthétiques. Un lien que Maria Zahle cherche à rétablir : elle teint des fils qu’elle tisse ensuite ou fait couler les pigments naturels dilués sur une surface, souvent un mur.