Le Couronnement de Poppée
Claudio Monteverdi (1567-1643)

Pierre Paul Rubens, Vénus à sa toilette, vers 1612-1615, Musée Liechtenstein, Vienne
À Rome, au Ier siècle, l’empereur Néron brûle de désir pour Poppée, une femme mariée dont il a fait sa maîtresse. Mais Ottavia, l’épouse légitime, ne l’entend pas ainsi. Entre passion, raison d’État et vengeance, les destins s’entremêlent sous le regard goguenard des dieux. Et tandis que nourrices bavardes, pages insolents et soldats ronchons commentent les frasques des puissants, Amour se rit de la Vertu comme de la Fortune : ce soir, c’est lui qui mène la danse.
Claudio Monteverdi a soixante-quinze ans lorsqu’il compose son ultime chef-d’œuvre. Maître de chapelle à Saint- Marc depuis 1613, il se lance avec une audace intacte dans l’aventure des théâtres publics vénitiens. C’est pour le carnaval de 1643 que naît Le Couronnement de Poppée, sur un livret du poète libertin Busenello. Avec une ironie toute vénitienne, celui-ci mêle dieux allégoriques, figures historiques et personnages bouffons de la commedia dell’arte. Le grand genre côtoie la farce, le sublime frôle le grotesque – et la satire du pouvoir se glisse sous le masque de l’éloge. Car le génie de l’oeuvre est dans son ambiguïté jubilatoire : l’amour triomphe, mais un amour amoral. La musique épouse chaque inflexion de l’âme, du récitatif le plus âpre à l’arioso le plus voluptueux. L’opéra devient le miroir de nos désirs – et de nos ridicules.
Opéra, Le Couronnement de Poppée & Monteverdi