Conférence par M. Daniel Renard
Mardi 14 avril 2026 à 18 heures 30
Cardillac, tel est le titre d’un opéra de Paul Hindemith. Le syndrome de Cardillac, voilà comment la psychologie nomme un certain trouble du comportement. Dans un cas comme dans l’autre Cardillac est une allusion directe à René Cardillac, l’un des principaux protagonistes de Mademoiselle de Scudéry, un court roman de Ernst Theodor Amadeus Hoffmann.
Hoffmann voit le jour le 24 janvier 1776 à Königsberg (actuellement Kaliningrad), là où il aurait pu, s’il n’avait pas fait des études de droit, entendre les leçons du philosophe Emmanuel Kant. À l’issue de sa brève existence riche en centres d’intérêt, en imprévus et en vicissitudes il meurt à Berlin le 25 juin 1822, à un peu plus de 46 ans, misérable poivrot vérolé jusqu’au trognon.
Hoffmann compte parmi les romantiques allemands, mais il n’est pas affilié au cercle de Iéna que fréquentent alors les frères Schlegel, Fichte, Schelling, Schleiermacher, Novalis et Tieck. Il n’opte pas davantage pour le cénacle de Heidelberg, qui gravite autour de Arnim, Brentano, Eichendorff et des frères Grimm. Les romantiques souabes, Schwab et Uhland, ne sont pas non plus son commerce habituel.
Hoffmann, tenant d’un romantisme noir, fait cavalier seul, même si, à certains égards, on le sent parent de Bonaventura et de Chamisso. Mademoiselle de Scudéry date de 1819. Cet ouvrage qui se donne d’entrée de jeu comme un roman historique passe souvent pour le premier des romans policiers, car le Double Assassinat dans le rue Morgue de l’écrivain américain Edgar Allan Poe ne paraît qu’en en avril 1841 et la Lettre volée en décembre 1844. S’il faut vraiment trouver un fondateur au genre, alors il convient d’évoquer aussi Le Criminel par infamie, un récit que Friedrich Schiller publie déjà en 1786.
Au lieu de chercher à savoir à qui revient la primeur du premier roman policier tentons plutôt de mettre au jour ce qui confère un caractère unique au texte de Hoffmann, tant par le choix du thème que par la manière de le traiter. On s’apercevra alors que Mademoiselle de Scudéry nous offre peut-être davantage qu’une simple intrigue policière à tiroir dans le Paris du XVIIe siècle. (DR)