Payram. Que vos pas soient légers car vous marchez sur mes rêves
Du 5 novembre 2026 au 9 janvier 2027, la Galerie Maubert présente Que vos pas soient légers car vous marchez sur mes rêves, la troisième exposition personnelle du photographe iranien Payram à la…
5 novembre 2026 - 9 janvier 2027

Payram / Galerie Maubert
L’encre a coulé depuis les réflexions sur l’exil d’Edward Saïd. Il nous a appris que la perte du lieu matriciel, des liens constituant nos origines, peut représenter aussi bien une faiblesse et un manque qu’une nouvelle capacité critique vis-à-vis des frontières, de la pensée nationaliste et en définitive des États. Autrement dit, la position de marge souvent imposée à l’exilé lui permet de voir ce que ne voient plus ceux qui campent au centre. Si Edward Saïd se veut acerbe contre la tendance à présenter l’exilé comme une figure romantique et cosmopolite, il n’envisage pas moins sa capacité à développer des récits non normatifs ou des visions hybrides.
Beaucoup de choses dans l’œuvre de Payram découlent de son identité « franco-iranienne » : deux versants qui se veulent chez l’artiste plutôt deux toiles flottantes l’une sur l’autre en fonction du vent, que les deux extrémités d’un pont interculturel, aussi nécessaire soit-il (2). Certes, l’exil et le déracinement de Payram – qui n’est plus rentré en Iran depuis 1983, contre sa volonté – demeurent des clés de lecture essentielles pour comprendre son travail. Une œuvre méticuleuse et patiente qui prend son temps, qui se dévoile petit à petit, sans crier bruit et sans volonté excessive de « visibilité » ou de reconnaissance.
C’est encore plus vrai dans le cadre de la présente exposition à la Galerie Maubert, qui présente des travaux fondateurs des années 1990, ainsi que des corpus inédits des années 2000. Payram est connu pour ne pas se précipiter et pour être un photographe ermite. Loin de créer pour exposer, il conserve ses épreuves soigneusement archivées dans des boîtes, parfois des décennies, avant de se résoudre à les révéler au grand jour. Cette mise en jachère des images l’amène à distiller ses œuvres de manière anachronique, par contretemps et surprises, plutôt que de manière chronologique comme dans un catalogue raisonné. Une approche qui résonne particulièrement avec les temporalités de latence ou d’ajournement bien connues de l’exilé, pour qui l’expérience du temps procède plus par spirales et survivances que par lignes droites.
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