Pourquoi monter en même temps La dernière nuit du monde et Ubu-roi ?
L'art du contrepoint ? Peut-être.
Car la farce féroce issue d'une vengeance de potache semble, à première vue, s'opposer en tous points au drame sociétal et sentimental contemporain.
Mais, à y regarder de plus près, ces deux pièces dénoncent la soif de pouvoir et de profit de certains acteurs politiques. Acteurs ? Actrices, plutôt.
Car l'ombre de Lady Macbeth plane sur les deux oeuvres.
De même qu'elle incite son mari au meurtre du souverain légitime pour s'emparer de la couronne, Vania Van De Root et la mère Ubu se servent des hommes comme de "petites mains" pour assouvir leurs ambitions.
Mais ces mains sont bientôt couvertes de sang et les couronnes deviennent couronnes d'épines.
Car la violence et la mort hantent ces deux oeuvres.
Mort lente et sournoise (chez Gaudé) qui résulte de la rupture sacrilège des grands équilibres du jour et de la nuit, de la veille et du silence, du silence et du bruit.
Mort subite et expéditive (chez Jarry) qui abolit la séparation des pouvoirs -exécutif, législatif et judiciaire - fragile rempart contre la dictature.
Pourtant, ces deux oeuvres consacrent la défaite des forces d'entropie et laissent espérer le retour à un ordre plus juste.
Entre les deux, le temps de reprendre notre souffle, laissons "la chance aux chansons"!