La Ravine, patrimoine oublié... en sursis
La Ravine, patrimoine oublié... en sursis
Rivière Saint Louis, Petit Frère, Les Balisiers... autant de noms qui se font l'écho des souvenirs de nos parents survivants !
Yé Krik ! Yé krak !
C'était le temps où l'on passait par la ravine pour se rendre au bal ou pour "aller marier" la fille de Man Toussinia, "bèl linj é bèl soulyé an sak" afin de se parer de ses plus beaux atours devant les portes de la salle des fêtes ou de la chapelle du village voisin
En ce temps là, la ravine résonnait des conversations sans fin ou des chants joyeux des travailleurs qui plantaient ou récoltaient ignames, pomme rose, café, cacao, vanille, toloman, baliser.
La Ravine, profonde vallée, somptueuse, qui nous transporte au cœur de Marie Galante, "an nannan a lilèt-an-nou", héberge aussi des hôtes végétaux remarquables, majestueux : Akoma/Acomat (Sideroxylon foetidissimum), Jénipa/Génipa (Genipa americana), Bwa dend/Bois d'Inde (Pimenta racemosa), Figyé/Figuier (Ficus nymphaeifolia), Maogani/Mahogany ou Acajou des Antilles (Swietenia mahogani), Kakonyé/Caconnier (Ormosia monosperma)... mais aussi, un insecte sub-endémique de Marie Galante et de la Dominique, une mante appelée la Psychée de Marie Galante (Liturgusa dominica).
Victime de l'oubli, aujourd'hui la Ravine s'étiole. Elle est étouffée et se referme sous l'étreinte d'une liane gigantesque, tentaculaire, hérissée de redoutables crochets acérés, tel un monstre sorti tout droit d'un conte de "Ti Jean", de "Konpè Lapen", ou de "La Dyablès" : la terrible "Lyann kro chyen"/Lianne croc-chien !
Et pourtant, elle résiste, notre Ravine, avec tous ses vestiges du passé et ses trésors de biodiversité... mais pour combien de temps encore !!!
Yé mistikrak ! Yé mistikrak !