Selon l’Unesco, une langue disparaît tous les 14 jours dans le monde.
Pour son dixième album, Lucas Santtana réunit onze artistes internationaux prestigieux pour célébrer la langue brésilienne, mais aussi toutes les langues romanes, ses cousines.
Les langues ne naissent pas dans les dictionnaires mais dans la rue, dans la rencontre et dans le frottement des identités.
À l’aube du XVIe siècle, et à la demande du roi du Portugal, les missionnaires ont reçu l’ordre de catéchiser les indigènes dans leurs langues maternelles ; et c’est ainsi qu’est née la Língua geral, la “langue générale”, la langue la plus largement parlée au Brésil jusqu’au XVIIIe siècle : un mélange de portugais et des 1200 langues indigènes parlées au Brésil avant la colonisation. Le Brésilien, Brasiliano, nait ainsi de cette rencontre avec 300 langues venues du continent africain avec l’esclavage. Dire que la langue parlée au Brésil est le portugais, ce serait déclarer que le Brésil n'a pas existé avant sa découverte en 1500 par les portugais.
Brasiliano est un album qui invoque l’importance de la langue en tant qu’identité. Dans la chanson « Liga », Lucas Santtana écrit : « Écoute ta langue, reconnais ton peuple, pour que notre histoire ne soit pas effacée à nouveau ».
Lucas y célèbre le multilinguisme, en invitant de nombreux artistes internationaux : les voix brésiliennes Gilberto Gil, Chico César, Flavia Coelho, le groupe brésilien Os Paralamas Do Sucesso, Rachel Reis et la chanteuse tupi-guarani Tainara Takua ; le rappeur français Oxmo puccino, le duo occitan Cocanha, le chanteur sicilien Dimartino, la chanteuse de Guinée Bissau Karyna Gomes, le chanteur italo-britannique Piers Faccini et la poétesse galicienne Marina Lado.
Des rythmes et des sonorités d’univers différents qui fusionnent en générant de nouvelles alchimies. Lucas Santtana nous rappelle que la langue est politique, et qu'elle est aussi un formidable instrument pour chanter la mélodie amoureuse des langues romanes.