Rencontre avec Aurore Marlier autour de son livre "Le Fascisme est-il un dîner de gala?"
2e lancement de la semaine à Firk, puisque jeudi 11 on accueille Aurore Marlier qui viendra présenter son livre à paraitre aux éditions Grévis : "Le Fascisme est-il un Dîner de Gala?"
Ayant eu l'excellente (quoiqu'un peu perverse) idée de se rendre aux colloques, remises de prix et autres raouts mondains organisés par différents thinks tanks d'extrême droite, Marlier en ramène une ethnographie sauvage, pertinente et souvent drôle. Le moyen parfait pour se pencher sur ce rouage essentiel bien que mal connu et donc entouré de phantasmes du processus de fascisation en cours!
⌚ Mercredi 10 Juin à 19.00
📍 Au café-librairie Michèle Firk, 9 rue François Debergue, 93100 Montreuil
"Ils se disent libéraux, souverainistes ou identitaires, sont partagés sur Trump et Poutine, citent Graeber, Spengler, Mauras ou Friedman, sont journalistes, activistes chefs d’entreprises ou intellectuels. Certains ont leur carte au RN, à Reconquête ou chez les Républicains, d’autres non. Certains œuvrent depuis des années à l’union des droites même si beaucoup restent sceptiques. Il n’empêche qu’ils se croisent autour d’un verre au bar du Casino de Paris, discutent en fumant une cigarette sur le trottoir devant la Maison de la Chimie, échangent des numéros entre deux conférences. Ils sont là pour assister à un colloque organisé par l’institut iliade, à un week-end de networking du réseau atlas ou au grand raout sponsorisé par Bolloré et Stérin. Sauf que Pour une fois, grâce au livre d’Auraore Marlier, on les voit.
Le travail de Mariler part d’un questionnement simple et partagé par beaucoup d’entre nous face à la montée de l’extrême droite : “Ils sont si bêtes, comment peuvent-ils être dangereux ?”. Se décidant à décidé aller enquêter à la source, elle est allée là où la pensée d’extrême droite est censément produite : dans les thinks tanks réactionnaires. Ou plus précisément aux différents évènements publiques, colloques et sauteries mondaines organisés par ceux-ci. S’en dégage moins une impression de cohésion idéologique ou de raffinement intellectuel que l’impression que ces lieux jouent le rôle “d’éléments de l’infrastructure du processus de fascisation” en cours, en ce qu’ils en produisent “les conditions matérielles de possibilité”. C’est-à-dire produire non pas des idées mais des milieux. Tisser des réseaux et former des cadres. Des cadres pour les partis, pour les groupuscules, pour les ministères. Former des journalistes pour Frontières, des activistes pour Némésis et des influenceurs pour TikTok.
Ecrit avec une malice oscillant entre circonspection perplexe face à ce qu’elle observe et ironie pince-sans-rire, le livre n’est ni une enquête journalistique, ni une étude sociologique ; tout au plus une ethnologie sauvage, des carnets de voyage en outre-droite. Assumant de ne pas avoir de réponse définitive, Marlier est libre de poser de bonnes questions. Avertissant “contre toute fétichisation de la menace” tout en “refusant de sous-estimer le danger”, Elle se propose de placer ces réseaux “à leur juste place” c’est-à-dire en position de marginalité à bien des égards, mais participant d’un processus de fascisation “qui commence bien plus au centre, et s’accélère”. Rendant “dicibles, recevables, parfois désirables” des discours et des imaginaires toujours plus réactionnaires et autoritaires, ils n’en constituent pas moins un rouage essentiel."