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Karnaval

La Controverse/ Marie Charlotte Biais

Entrée libre

Karnaval

« (…) Le plus bel exemple que nous ayons de déterritorialisation, c’est le Carnaval. Mettez un masque et vous vous déterritorialisez... On défait des types de liens, des types identitaires, des types de subjectivités, des types de manières d’être pour les refaire autrement. Pourquoi ? Parce que vous allez rejouer autre chose, vous allez déjouer ce que vous êtes _déjouer dans le sens de défaire_ et rejouer une autre manière d’être.
Qu’est ce que c’est qu’un masque? C’est un activateur de puissance… »

Extrait d’une interview de Vinciane Despret, philosophe et éthologue.

Je suis comédienne et metteur en scène, faire du théâtre aujourd’hui ne m’intéresse plus que lorsqu’il me déplace. À cet endroit donc se conjuguent ma façon et ma raison, d’être et de travailler.
Le théâtre est mon Carnaval. Il offre un cadre et un espace d’expression à ce qui ne s’explique pas mais qui pourtant se partage, il tente de restituer la part invisible du monde. Il incarne et propose une expérience.
Le point d’ancrage de ma fiction se trouve dans notre réalité : une culture anthropocentriste qui implique une échelle de valeur verticale au dessus de laquelle règne l‘homme blanc… J’écris et je parle à partir de moi, de l’histoire, de l’inconscient collectif blanc occidental, dont j’hérite et qui conditionnent mon rapport à toute chose, « pour déjouer ce que je suis et rejouer une autre manière d’être ».
Je le dois à mon fils.
Et parce qu’il est visiblement urgent de réviser nos liens aux autres, au vivant, à nous-mêmes.
Karnaval est une réponse aux injonctions d’un monde radicalement rationaliste, il cherche l’alternative poétique et potentiellement universelle à une culture « de surplomb », « de savoirs », cloisonnante, discriminante.

Nous travaillons, Jeanne Videau et moi à la mise en scène, Jean-Kristoff Camps à la musique, Louna Guillot à la lumière, à créer un dispositif scénique proche du rituel, capable, dans une grande écoute et en interaction, de convoquer une forme de magie, de déclencher des imaginaires et des énergies.

Avec : Marie Charlotte Biais (écriture, mise en scène et jeu), Jean-Kristoff Camps (création et interprétation musicale), Jeanne Videau (mise en scène), Louna Guillot (création lumière), Sophie Lambert (travail corporel), Hilo (costume).

Avec l’appui de : Céline Astrié, Clara Chabalier, Mathieu Montanier, Fred Naud, Fleur Sulmont, et indirectement Dieudonné Niangouna par ses récits.

Le Carnaval est une période festive qui permet d’inverser et de renverser les rapports et les ordres établis, il est l’espace d’un règlement de comptes fictionnel entre dominés et dominants. Il tente à travers un rite chaotique traversé par les morts et les mémoires, de regarder l’histoire en face. En organisant la confusion sociale, et invitant à l’orgie, il dessine licencieusement une cosmogonie émancipée de ses dogmes.

Travailler dans la démesure à révéler ce qu’il y a de beau et de révoltant dans les mécanismes d’organisation sociale, c’est ce à quoi la compagnie oeuvre depuis sa création.
Ici, c’est à travers les yeux d’une femme amoureuse que Karnaval déconstruit joyeusement les archétypes qui fondent notre rapport à l’autre…

Elle rencontre un homme. Sans papier. Dont elle tombe amoureuse. Alors qu’elle apprend qu’elle est enceinte, la disparition brutale de cet homme déclenche chez elle une crise cathartique mettant en jeu les représentations d’une société qui organise le repli sur soi. Elle renverse son monde. C’est Karnaval.
Karnaval est un portrait sous forme de puzzle au discours fragmenté pour aborder le rapport à l’étranger, à l’autre comme à soi.

  • Mai 2021

    • Mardi 18 14:30 - 16:00